[Expo]« Double Je »: jeux de mains, jeux de vilains. Les métiers d’art aux Palais de Tokyo

28 mars 2016 Par Araso | 0 commentaires

Une partie de la solution de l’énigme est dans le titre: « Double Je ». Pour mettre en scène les métiers d’art, le Palais de Tokyo organise une exposition en forme de Cluedo à taille humaine. Sponsorisé par la fondation Bettencourt-Schueller, avec 36 artistes invités, l’évènement a été pensé comme une nouvelle policière écrite par Franck Thilliez (« La Chambre des Morts ») et dont la scénographie suit le fil. L’équipe de Toute La Culture s’est rendue sur les lieux du crime.

Note de la rédaction :

D’entrée de jeu on est face à un véritable carnage: un meurtre a eu lieu dans cet appartement. Les fameuses bandes jaunes marquées de noir délimitent la « Zone Interdite » réservée à la Police technique et scientifique. Dans l’antichambre, une video pose l’énigme: « Qui a tué Natan? » que le visiteur devra résoudre, muni du rapport d’enquête, un petit livret jaune et noir prêté pour l’exposition. Il comporte six chapitres pour les six salles de l’exposition, et un épilogue.

Le président du Palais de Tokyo Jean de Loisy signe le texte introductif. Il nous présente Ganel Todanais, meurtrier présumé de Natan de Galois, artisan d’art. Les oeuvres de Natan serait inspirées de celles de Ganel. Le décor est planté: bienvenue dans l’intimité d’un artisan d’art, son appartement, son garage, ses ateliers.

Derrière ses allures de joyeux bordel, l’appartement saccagé recèle de merveilles. Sur le papier, l’idée d’associer les métiers d’arts à une scène de crime est géniale: les deux domaines exigent la (même?) attention aux détails. Dans la peau d’un détective, le visiteur observe, scrute, cherche, s’infiltre dans les méandres de l’appartement-atelier. Des créations sublimes comme un mur de dentelle réalisé par la maison Sophie Hallette, un labyrinthe extraordinaire, une moto habillée de plumes rehaussent ce décor de série policière. Comme dans un jeu video, le visiteur est en immersion dans un univers ludique… avec la même difficulté, dans le capharnaüm ambiant, de distinguer quoi que ce soit. Le concept prend le pas sur les objets et on ne sait trop où porter son regard, l’ambiance en moins.

Louable est l’idée de « dépoussiérer » les métiers d’art en les mettant en scène dans un contexte inattendu et disruptif. Dans ce cas, pourquoi ne pas jouer le jeu jusqu’au bout, pourquoi ne pas développer le concept jusqu’à une réelle interaction et une participation active du visiteur? Pourquoi ne pas faire une véritable chasse au trésor, sous forme de relai, de salles à débloquer par paliers? Sans cela, l’enquête policière -qui n’a pas grand intérêt en soi, devient inopportune et tombe à plat.

La problématique est récurrente autour des métiers d’art dont le coeur est l’humain, l’humain et encore l’humain. Par essence même, les métiers d’art ont vocation à créer du lien entre les humains, des interactions sociales. Avec l’exposition « Double Je », qui bouscule les codes des métiers d’art et leur côté propre, immaculé, voire sacré, tout en sortant le visiteur de sa zone de confort et de sa position de pur passif (c’est après tout Nicolas Bourriaud qui est à l’origine du terme d’ « Esthétique Relationnelle »), le Palais de Tokyo va dans ce sens, sans aller jusqu’au bout.

Visuels © Aurélien Mole

 


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