Cristina Iglesias au musée de Grenoble : l’art contemporain qui bruisse et coule

12 mai 2016 Par Maïlys Celeux-Lanval | 0 commentaires

Elle est sortie de la forêt, a arpenté la rivière et a marché sous l’ombre des arbres pour arriver entre les murs blancs d’un musée. L’artiste espagnole Cristina Iglesias (née en 1956) s’est installée au musée de Grenoble comme dans un ventre, un organe immense et blanc dans lequel elle présente ses installations, arbres verts et ruisseaux métalliques. Visible du 23 avril au 31 juillet 2016, son exposition n’est pas une rétrospective, quoiqu’elle en ait l’apparence en offrant un aperçu complet de ses obsessions d’artiste, mais plutôt un regard, librement composé, sans date ni titre, sur les années passées à créer. Pas de début ni de fin mais un parcours, absolument passionnant.

Cristina IglesiasLa première salle compte toujours beaucoup dans une exposition, et celle-ci vaut le détour pour sa métaphore, car c’est un aquarium qui nous accueille : large et ondulé, celui-ci nous rappelle que nous pénétrons dans l’esprit de Cristina Iglesias, dans ses yeux, dans son liquide lacrimal. Au cœur de l’intime, en somme. Cette impression est confirmée par l’absence totale d’explication, qui nous permettrait de comprendre l’artiste, de retracer son chemin ; non, ici nous pénétrons directement dans sa chair.

De l’eau donc, comme matériau privilégié, qui n’est pas source de vie mais d’art puisque les végétaux sont en métal, fabriqués mais illusoires. Cet aquarium introduit l’attirance de l’artiste pour l’eau, comme certains travaillent le marbre ou le bois. Plus loin, d’immenses cubes laissent entrevoir, en s’y penchant, des fonds de rivières traversés de branches et d’algues, où l’eau monte et descend. L’impression est douce, calme. L’eau apparaît dans un premier temps comme la figuration de la tranquillité, qui va et qui vient.

Cristina IglesiasPuis l’artiste nous invite au cœur d’une forêt dont le sentier étroit serpente : les branches minces dessinent sur les murs des hiéroglyphes végétaux. On s’approche, on s’enfonce, et tout d’un coup, on croise son reflet dans un miroir. Soudain on est monstre parmi les monstres, figure mystérieuse au cœur de la forêt, fantôme bien réel. Car les œuvres de Cristina Iglesias, sous leur calme apparent, peuvent se révéler féroces et inquiétantes, à l’instar d’un conte de fée où rien ne doit être pris au pied de la lettre. Ses petites rivières ne sont plus des images d’apaisement mais bel et bien de tourment, le bruit de l’eau autrefois tranquille fait résonner le trouble de la nature qui n’est jamais endormie mais vivante, bruissante de naissances et de morts. On vous parlait de regard, de point de vue, chez Cristina Iglesias il ne fait que changer, sans cesse.

Cristina IglesiasLa quiétude revient dans des installations où la lumière se faufile entre des tressages et dessine sur les murs blancs des ombres sophistiquées : illisibles, les textes sont alors perçus comme des suites de lettres dont on admire les lignes graphiques. En échappant à la reconnaissance, les motifs de l’artiste parviennent à éviter le détail, et ne sont que plastiques. La plus impressionnante de ces installations est la plus grande d’entre elles, majestueuse et pièce maîtresse de l’exposition. Suspendus au plafond, des panneaux tressés forment un chemin, que l’on suit ou que l’on regarde de loin. Jouant avec l’intérieur et l’extérieur, Cristina Iglesias provoque des sensations différentes selon notre position vis-à-vis de l’œuvre, que l’on se place dessous, dedans pour certaines, ou au loin. Elle nous invite à pénétrer ses paysages intimes, à s’égarer dans ses obsessions, à vivre dans un univers organique inventé. C’est beau, sensuel, rêveur.

Informations pratiques :

Cristina Iglesias
Au musée de Grenoble
Du 23 avril au 31 juillet 2016


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