Le chorégraphe Marcelo Evelin présente « Matadouro »

19 octobre 2013 Par
Mélanie Taverny
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Le chorégraphe brésilien Marcelo Evelin a mis en scène son dernier spectacle dans le cadre du Festival d’automne à Paris : Matadouro. Le metteur en scène joue des corps de huit danseurs et des contrastes entre combat primal et culture classique pour provoquer l’entière attraction du spectateur, attentif et émerveillé. 

Dès l’arrivée du public, le ton est donné! Un homme nu et masqué tient un tambour et fait le tour de la salle en rond sur un plateau vide et brut. Laissé là à l’abandon le spectateur ne sait que faire, s’il doit s’assoir, parler ou se taire. Le début qui n’est pas explicitement marqué commence sur un thème cyclique, de la marche en rond sur la scène. La course en rond est synonyme de la lutte sans fin, du combat et des hommes qui s’épuisent au fil des tours comme dans un carrousel. Imperturbable pendant des minutes, ce cercle presque sans sens symbolise de multiples conflits, des batailles qui paraissent ne jamais finir. Cette course en crescendo entourée de spots lumineux qui réfléchissent la sueur des danseurs s’inspire du roman brésilien Os Sertoes d’Euclides da Cunha. Ce roman qui parle d’une région proche de celle du chorégraphe est un moyen pour lui de retisser des liens avec son pays et «d’utiliser la figure géométrique du cercle qui est très proche de nous dans le nordeste» indique Evelin. Il travaille sur la guerre de Canudos  (conflit opposant l’Etat du Brésil et 30 000 colons ayant fondé la communauté de Canudos à l’issue duquel l’armée a brutalement détruit la communauté en 1897) traitée dans le roman. Evelin a donc choisi de traiter la troisième partie de ce roman: La Guerre.

A travers quelques transgressions du cercle, l’identité des combattants est bafouée par des masques qui rendent une humanité commune au service d’une identification de tous. Privés de visages, seuls des corps nus courent devant nous faisant de cette bataille un affront de corps à corps. Toujours dans l’intrigue, il est impossible pour nous de voir leurs visages en action, leurs souffrances exaltées. Le spectateur, épris de cette course s’essouffle en même temps que les huit interprètes et se fait embarquer autour d’une performance artistique et physique. La résistance physique est le mot d’ordre. La métaphore du combat outre la course et l’endurance sans fin est mis en exergue par les objets de guerre, comme des couteaux que portent des danseurs sur leurs corps. Le contraste entre la musique classique Quintette à cordes en C majeur de Schubert et le son résonnant du tambour donne un rythme qui n’est pas celui du corps à la course. Cette musique classique qui étonne au premier abord le spectateur s’accouple au fil de la course avec le tambour récurrent et brut. Indiquant une belle mort et une mort d’amour, elle annonce déjà implicitement la fin du combat. Seulement l’arrêt de la course sonne ainsi comme le glas sous un contraste dégageant un force glaciale après la chaleur que dégageait la course. C’est dans le silence sous les respirations rythmées des danseurs que la fin est donnée.

Marcelo Evelin nous emmène brutalement au cœur d’un univers belliqueux à travers une course effrénée. Cette performance artistique et physique vous coupe le souffle sans vous demander votre avis et sans même vous prévenir du départ. Cette course belle, difforme, puissante et inachevée confronte le spectateur face à lui même, à sa conscience. Vous avez jusqu’a ce soir pour vous prendre une claque sous l’égide du combat !

Visuel : (c) affiche du spectacle  « Matadouro »