Théâtre
Voyage entraînant avec Ali Baba de Macha Makeïeff au Théâtre national de Chaillot

Voyage entraînant avec Ali Baba de Macha Makeïeff au Théâtre national de Chaillot

23 décembre 2013 | PAR Marie Boëda

Ali Baba est raconté par Macha Makeïeff au théâtre de Chaillot jusqu’au 28 décembre. Un conte oriental que la fondatrice des Deschiens a su mettre en scène avec drôlerie. Un divertissement aux origines philosophiques, parsemé d’anachronismes et porté par des artistes polyvalents. Encombré parfois par des idées presque trop foisonnantes, le spectacle demeure riche en surprise, innovant et accessible à tous.

C’est la destinée extraordinaire d’un ramasseur de ferraille devenu nouveau riche. Ali Baba, « idiot magnifique », tombe par hasard sur la caverne des 40 voleurs débordant d’or. A partir de là, sa vie prend une autre tournure, ponctuée autant par les tourments de la richesse que par ses plaisirs. Des joies mais aussi des péchés abordés avec légèreté qui accentuent la cruauté que peut revêtir cette histoire pourtant merveilleuse.

La scène est dominée par la maison d’Ali et de son frère Qassim sur plusieurs étages, une bâtisse sympathique aux allures de boutique orientale. En prenant des caractéristiques qui rappellent l’origine du conte, Macha Makeïeff y rajoute des touches de modernité. Le décor est à première vue proche de l’époque de l’histoire mais très vite, on entend la télévision de la femme de Qassim et une chaîne hifi qui hurle à tue-tête, escortée par le fils d’Ali, Aziz, poète rappeur incompris dans son milieu familial. Chaque acte est précédé d’une sorte de proverbe faisant sourire. Il avertit le public de ce qui va suivre et rappelle l’accent moral du conte : « Quand le voleur t’embrasse, compte tes dents » ou « Chien mouillé n’en sèche pas un autre ». Dans ce « no man’s land méditerranéen », cosmopolite et anachronique, les artistes talentueux s’expriment dans plusieurs genres artistiques. Acrobates, danseurs, musiciens, ils parlent plusieurs langues, perse, arabe et français, parfois même anglais. Un souk de propositions originales et joyeuses mais pouvant rendre, à la longue, cette mise en scène protéiforme, quelque peu difficile à suivre. Ali Baba, à la morale de plus en plus flexible reste joyeux et inconscient. Entouré pendant sa pauvreté de personnages hauts en couleur, il devient en même temps que sa richesse grandit, uniquement accompagné d’objets. Une richesse porteuse de facilité certes, mais sans réelle humanité !

Seule l’esclave Morgiane est jouée par une femme. Le seul personnage qui a les pieds sur terre se voit prendre sa place de promise. Actualisation du dénouement de l’histoire, le fils qui slamme veut se marier avec Abdullah, l’ami de Morgiane. Cette dernière qui a sauvé la vie d’Ali n’accepte rien de sa richesse et repart danser. Finalement la voix érudite de Shéhérazade au début semble communier avec l’habileté précoce de Morgiane, marionnettiste dans l’histoire. Les dialogues sont drôles et véhiculent de véritables valeurs tout en gardant l’empreinte cocasse et populaire de Macha Makeïeff. Un conte fantastique tiré des Mille et une nuits qui laisse place à l’imagination en plein cœur de la semaine de Noël.

Visuels : (c) Brigitte Enguérand

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