Théâtre
Voir « Les Folles » et célébrer la mémoire et la liberté [Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes]

Voir « Les Folles » et célébrer la mémoire et la liberté [Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes]

17 septembre 2017 | PAR Mathieu Dochtermann

Au Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes, on s’efforce de voir de beaux spectacles pour pouvoir les recommander! Les Folles, de la compagnie La Mue/tte, réussit avec une maestria déconcertante à composer un poème visuel sur une étape sombre mais héroïque de l’histoire argentine. Fort et beau, virtuose et abouti.
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Comment montrer, sans paroles et avec sensibilité, les blessures intimes d’un pays?

Comment témoigner métaphoriquement d’une mémoire douloureuse, sans tomber dans un mélo de facilité ou un travers documentaire?

La compagnie La Mue/tte réussit ce tour de force de tout suggérer avec délicatesse et poésie, dans un spectacle protéiforme, entre jeu théâtral, manipulation d’objets, jeu d’ombres (et théâtre du même nom), projections… Si les images documentaires sont employées, elles sont cependant poétisées, décomposées, transposées par la magie du spectacle.

Dans un premier temps, avec une troublante délicatesse, le thème de la résistance des « folles de Mai » est figuré par un jeu d’acteur qui s’appuie sur des inventions visuelles d’une grande finesse, jeux d’ombres et de lumière mobilisant des broderies, décalages de plans à l’aide de voiles et de rideaux… C’est tout à la fois beau et inquiétant, fort et poignant, et les apparitions et disparitions convoquent des apparitions fantomatiques entre les voiles qui habillent la scène. Quand le noir est habité, qu’il acquiert sa propre respiration, c’est le signe que l’imaginaire est saisi, pleinement. Les corps peuvent alors entrer en étrangeté derrière un masque ou une surmarionnette.

Le spectacle se poursuit par une seconde partie, après un entracte où les spectateurs sont guidés au travers d’une exposition venant enrichir la compréhension des événements historiques ayant servi de fondement à la création du spectacle. Une partie du processus créatif même est également explicité.

La seconde partie du spectacle est plus musicale, mobilise davantage la vidéo. On est plus franchement dans le théâtre d’objets, mais il serait réducteur de vouloir assigner ce spectacle d’une grande richesse à une catégorie précise. Moins esthétisant, plus brut, ce segment n’en perd pas pour autant la poésie qui traverse le spectacle de bout en bout: il la file, autrement, par des moyens qui n’en sont pas moins créatifs.

On ressort ébloui par la palette de techniques maîtrisées par les deux interprètes, ému par le propos, plus fort du sentiment d’avoir été enrichi, dans l’esprit et dans l’âme, par une proposition intelligente et sensible. Peu importe finalement que le trop long entracte ait un peu nui à la continuité de la concentration des spectateurs: repris par le second acte, ils applaudissent  néanmoins à tout rompre, et ils ont sans doute raison.

Les Folles affichent déjà complet dans la billetterie du IN, mais ils sont en tournée dans de nombreuses villes.

De et avec : Delphine Bardot et Santiago Moreno

Regard extérieur : Nicole Mossoux

Regard extérieur (Silencio es salud) : Jacopo Faravelli

Regard magique (Silencio es salud) : Benoit Dattez

Regard complice (Point de Croix) : Amélie Patard

Musique et dispositif sonore : Santiago Moreno

Costumes et regard scénographique : Daniel Trento

Création lumière : Phil Colin

Production : Claire Girod

Assistante de production : Aurélie Burgun

Infos pratiques

Galerie Sotheby’s Paris
Caveau Mumm
Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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