Théâtre

« Tout va bien se passer » de Maïa Brami : un terrifiant témoignage d’une femme en proie aux violences gynécologiques

« Tout va bien se passer » de Maïa Brami : un terrifiant témoignage d’une femme en proie aux violences gynécologiques

11 juin 2018 | PAR Aurore Garot

En adaptant son roman La vie refusée, Maïa Brami propose jusqu’au 23 juin sur la scène du théâtre de La Reine Blanche, un monologue aussi poignant qu’effrayant joué par la fabuleuse Coralie Emilion-Languille, qui révèle la brutalité gynécologique qu’ a subit l’auteure lors d’une procédure de procréation médicalement assistée (PMA).

Nombreuses sont les femmes ayant subi des violences gynécologiques, physiques ou verbales de la part de leur gynécologue et/ou des infirmier.es qui l’accompagnent. Maïa Brami en a elle-même fait les frais lors d’une énième procédure de PMA. Pendant que le comité de bioéthique débat sur la possible légalisation de cette pratique en France, Maïa Brami nous raconte son aspect purement médical…A travers le monologue glaçant de Coralie Emilion-Languille qui raconte la boucherie qu’elle a subit de la part d’un « éminent professeur », 40 ans de carrière à son actif, qui au lieu de l’aider à donner la vie, a failli la tuer lors d’une ponction d’ovocytes sans anesthésie, qui se transforme en massacre gynécologique…Et ce, dans l’insouciance et l’indifférence totale.

« Tout va bien se passer » est cette phrase si souvent entendu dans le milieu médical servant à rassurer et à pousser les patient.es à accorder leur confiance, à se déposséder de leur corps pour laisser les médecins toucher le plus profond de leur intimité. Certains oublient pourtant que ce qu’il y a derrière ces « jambes écartées dans les étriers », ce sont des femmes, des êtres humains dotés d’émotions et de sensations, capables de ressentir la douleur. Non pas des objets inertes. La pièce musicale de Maïa Brami adaptée de son propre roman La vie refusée (2012) et mis en scène par la comédienne elle-même ainsi que Bruno Fougniès est un cri de colère et de détresse. Plus encore, c’est la sonnette d’alarme sur une réalité brutale trop longtemps tue.

Le spectateur ne se noie pas dans le pathos, dans la lamentation, au contraire. Le texte est un descriptif de la procédure et trouve sa force dans la précision clinique des propos de Coralie Emilion Languille qui comme dans sa reprise de Valentina Tchernobyl écrit Svetlana Alexievitch, arrive à exprimer une catastrophe tout en retenue tout en insufflant aux spectateurs cette pression corporelle qui l’anime, accentuée par la musique de David Kpossou qui la fait résonner dans le corps des spectateurs. A travers son jeu glaçant, c’est une bombe à retardement que nous voyons et un volcan qui gronde, près à exploser…mais qui n’explose jamais, qui laisse à la place une impression de déconnexion entre ce qu’elle a vécu et ce qu’elle dit.

« Tout va bien se passer » est une pièce qui prend par les tripes, qui rend compte de la détresse de ces patientes qui soumettent leur corps au totalitarisme médical. «Je suis jambes écartées dans les étriers. Que reste-t-il de soi, les jambes écartées dans des étriers sous la lumière crue ? Que reste-t-il de la femme? » répète la comédienne plusieurs fois tout au long de son monologue. Avec ce témoignage et ceux de centaines d’autres femmes qui révèlent de plus en plus ces souffrances médicales sur Internet, la réponse est évidente : il ne reste rien…Pour l’instant.

Visuels : ©Théâtre de La Reine Blanche

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Aurore Garot

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