Théâtre
« Une chambre en Inde » dirigée par Ariane Mnouchkine au Théâtre du Soleil

« Une chambre en Inde » dirigée par Ariane Mnouchkine au Théâtre du Soleil

22 novembre 2016 | PAR David Rofé-Sarfati

Ariane Mnouchkine directrice iconique du Théâtre du Soleil fut comme chacun de nous profondément choquée par les derniers attentats de novembre. Elle et sa troupe se sont rendues en Inde pour différents ateliers et ont tenté d’intégrer, dans un nouveau spectacle présenté depuis le 5 novembre 2016 au Théâtre du Soleil, à la Cartoucherie ce ressenti et une réflexion sur ce sujet qui est insaisissable autant par le discours que par nos émotions débordées.

m392770Comme toujours avec le Théâtre du Soleil le décor est somptueux, ici une grande et lumineuse chambre aux allures coloniales, en Inde. Une compagnie partenaire de l’Alliance Française locale doit donner un spectacle avant qu’une bouffée délirante du metteur en scène japonais ruine le projet. Le projet sera récupéré par une femme sans aucune inspiration artistique Cordélia, fille d’un metteur en scène célèbre, Monsieur Lear. Dans sa chemise de nuit blanche, dans sa chambre en Inde, la jeune femme va rêver sur les attentats, sur son projet théâtral et sur elle-même. Hors champ et en même temps si présent dans le spectacle sous forme d’intermèdes musicaux à la Bollywood qui constituent tout de même plus de la moitié du temps de la pièce l’Inde sa vivance et sa réalité archétypée. Nous sommes au spectacle. Et ce spectacle est pétillant enchanté et drôle. Passeront sur scène une vache sacrée, des singes, Shakespeare et Tchekhov.

À sujet insaisissable la proposition habile de Mnouchkine est de restituer des visions plus que du discours et si aux visions de la jeune femme répond la vision du monde de Daech, nous en sommes quitte de savoir comment nous pouvons sortir de cette guerre et si seulement une sortie existe. Le théâtre et le rire nous sauveront ? Peut-être. Visions contre visions, nous assistons à un magnifique et éblouissant spectacle quasi hallucinatoire, clôturé par un final aussi précieux et optimiste qu’onirique où un Chaplin dans le costume d’un imam à longue barbe nous appelle à nous unir contre la barbarie.

Un très beau spectacle donc dans la tradition de Mnouchkine avec toutefois, sujet insaisissable oblige un discursif moins riche qu’habituellement et puis, étrangeté, une scène qui se voudrait drôle où des terroristes en pieds nickelés peinent à déclencher leur ceinture d’explosif, une scène-tâche où celle qu’on ne peut accuser de tel a priori ou amalgame prend la barque qui ne veut décidément pas prendre l’eau et qui de Pierre Péchin à Djamel Debouse en passant par l’expression populaire travail arabe, insiste à nous faire croire qu’ils ne sont que des imbéciles sympathiques et maladroits. Des supposés imbéciles sympathiques et maladroits qui djihadistes depuis 2012 ont tué en France plus de deux cents personnes et fait plus de mille blessés; d’où notre gêne.

Une création collective du Théâtre du Soleil
dirigée par Ariane Mnouchkine
musique de Jean-Jacques Lemêtre
en harmonie avec Hélène Cixous
avec la participation exceptionnelle de
Kalaimamani Purisai Kannappa Sambandan Thambiran
Représentations
du mercredi au vendredi à 19h30
le samedi à 16h
le dimanche à 13h30
Durée prévue du spectacle
moins de 4h entracte inclus

Infos pratiques

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