Théâtre

Un condensé du « Mahabharata » dans une version marionnettique et moderne

Un condensé du « Mahabharata » dans une version marionnettique et moderne

26 septembre 2017 | PAR Mathieu Dochtermann

Le Katkatha Puppet Arts Trust présentait à Charleville lors du FMTM 2017 sa version du Mahabharata, une adaptation trois fois récompensée au Metawards du poème épique le plus long de l’humanité, dans une version moderne et certainement pas dénuée d’humour, qui mérite spécialement le détour pour le talent avec lequel elle offre un mélange décomplexé de tradition et d’inventivité, en donnant à voir que la recherche du renouveau de la marionnette n’a pas de frontières! Visuellement attrayant, traversé de l’énergie d’interprètes talentueux, à voir.
[rating=5]

La Mahabharata figure au panthéon des plus grandes œuvres de l’humanité. Poème sanskrit de près de 250.000 vers (!), c’est un texte fondamental de l’hindouisme comme de la pensée indienne, aussi incontournable que l’Illyade et l’Odyssée, mais bien moins connu des occidentaux. Ne serait-ce que pour cette raison, cette version ramassée de 75 minutes constitue déjà une excellente initiation pour le public français, ceci d’autant plus que la complexité de l’histoire, telle qu’elle se trouve déjà réduite ici à sa plus simple expression avec seulement 14 personnages, demande déjà de fournir de beaux efforts de concentration. La question sur laquelle la metteure en scène Anurupa Roy choisit de se focaliser est celle du conflit, et des chemins tortueux qui y amènent: « Les humains sont nés pour vivre en paix, alors pourquoi se préparent-ils constamment à la guerre ? »

Le spectacle vaut également, beaucoup, pour la modernité de ses propositions. S’il commence avec des marionnettes de théâtre d’ombres traditionnelles, accompagnées par des chants qui ne le sont pas moins, la rupture intervient très tôt quand les deux figures de narrateurs choisissent de prendre corps en trois dimensions et de sortir de derrière la toile sur laquelle est projeté le théâtre d’ombres, pour se réincarner dans le jeu de deux comédiens masqués autant que facétieux – « We don’t care, the Mahabharata is a metalanguage! ». A partir de là, la multiplicité des techniques employées – marionnettes et même objets, masques, danse – est ébouriffante, mais plaît au moins autant par la maîtrise dont font montre les cinq interprètes que par la fluidité du basculement de l’une à l’autre. Certains passages ne détonneraient pas sur une scène de théâtre français, notamment quand le Katkatha propose sa réinterprétation du bunraku, tandis que d’autres nous sont moins habituels, et d’autant plus intéressant, tels les combats chorégraphiés de cette longue fresque guerrière, parfois incarnés à l’aide de marionnettes portées de taille humaine, mais parfois aussi campés directement par des acteurs masqués qui sautent et virevoltent dans toute la largeur de la scène, s’oinspirant pour cela d’arts martiaux indiens.

Visuellement très réussi, ce spectacle a souffert, quand nous l’avons vu à Charleville, de problèmes techniques récurrents – surtitrage totalement anarchique, allumages micros en décalé, lumières en retard, au point qu’un comédien, excédé, finit par lancer en plein spectacle « You’re late, light man! » – de sorte qu’il nous est difficile de juger de la mise en scène, mais les accessoires et costumes sont magnifiques, certaines images sont extrêmement travaillées et restent durablement dans l’esprit du spectateur, même celui du festivalier qui en est déjà saturé.

Drôle, imaginatif, dépaysant, débordant de bonnes idées et d’énergie, c’est un spectacle tel qu’on n’a pas la chance d’en voir souvent sur notre territoire.

Cela tombe bien, puisque les franciliens peuvent avoir la chance de le découvrir au Théâtre Roublot de Fontenay-sous-Bois demain, mercredi 27 septembre à 19h30. Il peut ensuite être vu le 29 septembre à Saint Germain-lès-Arpajon (Festival Les champs de la Marionnette), le 30 septembre à Eragny-sur Oise et le 1er octobre à Vigny en Vexin (Théâtre de l’Usine).

Mise en scène : Anurupa Roy
Jeu et manipulation : Mohammad Shameem, Avinash Kumar, Vivek Kumar, Anurupa Roy, Gunduraju
Lumière : Milind Shrivastava
Chorégraphie : Avinash Kumar
Script : Anamika Mishra
Son : Suchet Malhotra
Animation : Atul Sinha
Construction marionnettes : Mohmmad Shameem, Asha, S Chidambara Rao
Visuels: DR

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Mathieu Dochtermann
Passionné de spectacle vivant, sous toutes ses formes, des théâtres de marionnettes en particulier, du cirque et des arts de la rue également, et du théâtre de comédiens encore, malgré tout. Pratique le clown, un peu, le conte, encore plus, le théâtre, toujours, le rire, souvent. Critère central d'un bon spectacle: celui qui émeut, qui touche la chose sensible au fond de la poitrine. Le reste, c'est du bavardage. Facebook: https://www.facebook.com/matdochtermann

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