Théâtre

Trop de drames et de larmes à Saïgon [Festival d’Avignon 2017]

Trop de drames et de larmes à Saïgon [Festival d’Avignon 2017]

14 juillet 2017 | PAR Christophe Candoni

Sans conteste, « Saïgon » a fortement ému le public du festival d’Avignon. La grande fresque théâtrale et intimiste de Caroline Guiela Nguyen, qui relate bon nombre d’histoires d’expatriés entre la France et le Vietnam décolonisé, se présente comme une traversée sensible, mais excessivement dramatique et lacrymale.

Onze comédiens, professionnels ou amateurs, vietnamiens et français, sont réunis dans une grande salle de restaurant. Ce dernier est tenu par une cuisinière qui répond au nom désuet d’impératrice. C’est une reine à son office. Comme pour conjurer le sort qui lui a fait perdre un fils, Marie-Antoinette prépare interminablement les mets et fait reluire les timbales. Avec ses teintes pastel, ses décorations florales, ses grigris spirituels, la très belle scénographie que signe Alice Duchange a tout d’un kitsch typique et coquet. Elle se fait le réceptacle chaleureux et mortifiant d’histoires, de situations, en apparence anodines, mais frappantes par leur dramatisme.

Sur le grand plateau, Saïgon, en 1956, et Paris, en 1996, s’entremêlent sans confusion. Les incessants allers-retours temporels, géographiques et linguistiques, ont le mérite de déplacer, de dépayser le spectateur conduit vers un horizon bien peu, ou pas du tout traité, au théâtre. Fille d’immigrée vietnamienne, Caroline Guiela Nguyen n’a pas souhaité raconter sa propre histoire, mais plutôt embrasser les destins de toute une population sur plusieurs générations. Son spectacle s’est écrit collectivement, à partir de témoignages recueillis, puis réinventés. Au fil d’un temps qui passe et s’éprouve en thés brûlants, en chansons nostalgiques et en propos bavards, les présences, les odeurs, les couleurs, les musiques et les sons convoqués, déconcertent, car ils paraissent aussi lointains que familiers.

Ponctués de séparations, de trahisons, de déchirements, les récits, comme les destins, apparaissent souvent fragiles et heurtés. La vie se déroule avec une émotion bien palpable, dans une représentation lente et redondante, qui laisse exploser quelques éclats de rires, quelques élans de tendresse, mais surtout, qui laisse déverser des flots de larmes. Les hurlements et les pleurs s’éternisent, les meubles et la vaisselle volent à répétition. L’écriture ne varie pas plus que le jeu. C’est beau mais lassant. L’exaltation sentimentaliste est parfaitement assumée et le public vibre, le cœur faible et prêt à éclater.

Informations pratiques :

Titre :  » Saïgon « 

Auteur et metteur en scène : Caroline Guiela Nguyen

Lieu : Gymnase du lycée Aubanel

Dates et horaires : Du 8 au 14 juillet 2017, à 17h

Durée : 3h45 entracte compris

« Saïgon » © Christophe Raynaud de Lage

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