Théâtre

Trissotin ou les femmes savantes à la Scala, Macha Makeïeff à sa joyeuse subversion.

Trissotin ou les femmes savantes à la Scala, Macha Makeïeff à sa joyeuse subversion.

13 avril 2019 | PAR David Rofé-Sarfati

Créé en 2015, Trissotin ou Les Femmes Savantes, mise en scène par Macha Makeïeff, directrice du Théâtre de la Criée à Marseille a déjà réuni plus de 90 000 spectateurs. La pièce riche de plus de 120 représentations s’installe pour un mois à La Scala, Paris. 

Aujourd’hui plus qu’hier,  le désir féminin suscite chez les hommes des interrogations anxieuses. On se souvient de la dernière question testamentaire de Freud: que veut la femme? Dans

Macha Makeïeff possède un solide sens de la subversion.  Elle transporte ces femmes savantes dans les sixties, période de l’émancipation des moeurs et ajoute à l’humour naturel et intemporel du texte le ridicule des comportements actuels. Elle saupoudre le tout de l’injonction du genre avec un Trissotin au longs cheveux d’androgyne et chaussant des sandales de drag queen; ceci afin de dissoudre le simple trait misogyne en plaçant les deux sexes devant le même enjeu. Par cette lecture elle dit tout du désespoir des personnages  face à l’amour et à sa quête; et elle dit beaucoup de nos propres espoirs actuels. Le texte de Molière ne nous a jamais autant parlé. 

Macha Makeïeff possède un solide sens  du plateau et  des comédiens. Il ne nous suffira pas de dire l’intelligence de la lecture de la pièce; il nous faut aussi rendre compte de la première expérience du spectateur qui consiste en un magnifique spectacle. La scénographie est inventive, tri-dimensionnel et splendide. La pièce est hilarante. L’utilisation d’objets soutenant les personnages, leurs propos et figurant les relations entre eux est géniale.  Les savantes sont inoubliables: Philaminte (Marie Armelle Deguy impressionnante) Armande (parfaite Caroline Espargilière)  et Bélise (Jeanne-Marie Levy est une flamboyante et inénarrable érotomane, elle est par ailleurs soprano et signe l’exceptionnalité de la pièce). La servante, merveilleuse Karyll Elgrichi déploie toute sa force comique.  Le reste de la troupe est au diapason. 

Et, le burlesque construit par Makeïeff dessoude l’ordre patriarcal sous nos yeux  ravis, dans une satire désaltérante du genre humain.  

 

 

TRISSOTIN OU LES FEMMES SAVANTES de Molière

Mise en scène de Macha Makeïeff

Du 10 avril au 10 mai 2019, à 21 heures

Dimanches, à 15 heures

Durée : 2h15 

Chrysale, Vincent Winterhalter

Philaminte, Marie-Armelle Deguy

Ariste, frère de Chrysale Arthur Igual & Philippe Fenwick (en alternance) 

Armande, Caroline Espargilière

Henriette, Vanessa Fonte

Trissotin, Geoffroy Rondeau

Bélise, soeur de Chrysale Jeanne-Marie Levy & Anna Steiger (en alternance)

Clitandre, Ivan Ludlow

Vadius, Pascal Ternisien

Martine, Karyll Elgrichi & Louise Rebillaud (en alternance)

L’Épine, laquais Arthur Deschamps

Le Notaire, le comptable Valentin Johner

 

Crédit Photos ©LollWillems

Infos pratiques

Odezenne, la poésie électronique qui a retourné l’Elysée Montmartre
Carmen : le sexe et la mort flamboient à l’opéra de Paris
David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *