Théâtre

Thomas Ostermeier adapte The Little Foxes au théâtre

Thomas Ostermeier adapte The Little Foxes au théâtre

31 mars 2014 | PAR Christophe Candoni

Thomas Ostermeier actualise The Little Foxes de Lilliam Hellman et fait le portrait sans concession d’une famille d’aristocrates pourris par l’appât du gain. Présentée pour la première fois en France aux Gémeaux à Sceaux, cette nouvelle création de la Schaubühne force évidemment l’admiration suscitée par l’excellence des acteurs et du metteur en scène allemands mais fait regretter de voir un si grand art, aussi brillant et maîtrisé soit-il, s’assagir sévèrement et se cantonner à une redite qui l’académise. 

Sortir de l’oubli ce succès d’avant-guerre joué quand même plus de 400 fois à Broadway puis immortalisé au cinéma est pour Ostermeier l’occasion de traiter une fois de plus un thème d’actualité qui le préoccupe : l’argent roi et la cupidité dévorante au mépris de toute morale et de toute humanité. S’il récupère cette pièce datée et plus guère montée, c’est dans le but de livrer une critique à charge du libéralisme économique et de la société capitaliste décadente qu’il combat. Relire et revisiter les textes classiques ou relativement anciens à l’éclairage du temps présent, c’est la grande force du metteur en scène berlinois qui n’hésite pas à adapter et réécrire au besoin pour extraire tout le suc de la pièce américaine et, plus encore, lui fait rendre le sens qu’il veut lui donner lui. Cela fonctionne remarquablement.

Son geste parfaitement reconnaissable était presque trop prévisible comme l’est son décor, un énième salon chic et froid, totalement aseptisé, posé sur un plateau tournant. Toujours pertinent certes, mais déjà beaucoup vu, l’intérieur type d’Ostermeier apparaît désormais comme un systématisme plus fonctionnel qu’inspiré, à l’exception de son gigantesque escalier qui grimpe et disparaît dans les hauteurs invisibles du théâtre, symbole fort de l’ambition démesurée et des espoirs inatteignables qui dominent les personnages avides et insensibles de la pièce.

La lecture très analytique de l’intrigue et des relations dévastatrices entre les personnages opérée par Ostermeier coutumier d’un certain réalisme psychologique restitue ce texte d’une manière glaçante et pesante et pointe cruellement les faux-semblants qui régissent les rapports matrimoniaux, familiaux et humains.

Une telle approche ne peut supporter aucun flottement. Et les acteurs au diapason impressionnent par la précision et la densité de leur jeu puissant, mesuré, plus camouflé que torrentiel, ne laissant jamais place à l’hystérie. La belle et fascinante Nina Hoss trouve pour son premier rôle à la Schaubühne après son transfert du Deutsches Theater un rôle qui lui sied à merveille,  tout en énigme ambiguë. Elle campe une Regina distinguée en surface et monstrueuse en réalité, qui s’oppose sans ménagement à son mari et à ses frères qu’elle veut mener à la baguette dans une affaire financière importante. Comme dans le rôle-titre de Barbara, le récent film de Christian Petzold qui l’a fait découvrir en France, elle est fascinante.

Malgré quelques acmés prodigieuses, demeure le fait que le texte est insupportablement long et bavard. De plus, son intrigue pas toujours passionnante progresse bien lentement.  La Birdie d’Ursina Lardi apporte un grain de folie tout comme le Leo de Moritz Gottwald une légèreté ironique bienvenue. Sinon la représentation implacablement noire manque de véritable invention. Elle paraît presque sage ; un comble pour un metteur en scène aussi décapant qu’Ostermeier. On ne retrouve pas cette fois l’inconfort, l’humour cinglant, l’audace et l’insolence explosives qu’on admire habituellement chez lui.

Photo © Arno Declair.

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