Théâtre

« The Fountainhead » d’Ayn Rand mise en scène Ivo van Hove

« The Fountainhead » d’Ayn Rand mise en scène Ivo van Hove

16 novembre 2016 | PAR David Rofé-Sarfati

lvo van Hove dont « Les Damnés »  triomphent actuellement à la Comédie-Française, adapte pour la scène le roman fleuve d’Ayn Rand “The Fountainhead” (La source vive). Un questionnement brûlant sur la création et les choix de l’artiste. En transparence la question de l’individu dans un monde qui est tel qu’il est. Puissant et ravageur. Après son succès à Avignon, la pièce arrive à l’Odeon. 

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Un siècle après sa naissance et plus d’une décennie après sa mort, Ayn Rand reste l’un des auteurs les plus vendus et les plus influents dans la culture et la pensée américaine. Née en Russie en 1905, dans une famille juive elle est témoin de la révolution bolchevique. Après des études d’histoire et de philosophie, elle se passionne pour le cinéma américain, véritable rayon de soleil dans l’enfer collectiviste soviétique. Elle parvient finalement à fuir l’URSS en 1926 et s’installe aux États-Unis. Elle publie son premier roman en 1936, We the Living (Nous les vivants), puis, en 1943, The Fountainhead (La Source vive). Le titre du livre fait référence à une déclaration d’Ayn Rand selon laquelle « l’ego de l’Homme est la source vive du progrès humain ». À travers cette histoire, c’est un plaidoyer pour l’individualisme radical auquel se livre Ayn Rand.

Ivo Van Hove s’est emparé de ce roman philosophique pour rendre œuvre avec densité, complexité et équivoque. La pièce débute dans un immense bureau d’architecture en pleine effervescence. À jardin la régie et d’autres bureaux dans des petites cages de verres, à cour derrière une véritable machine d’imprimerie les loges à vue.

Roark, un architecte intransigeant et misanthrope refuse autant les contraintes économiques du capitalisme que les intrigues des entreprises se frottant au monde politique. Après Nietzsche ou Freud il sait que le but de chacun s’exprime ainsi : être ce que l’on est, créer ce que l’on doit, sans concession d’autre qu’à son propre désir. Il rencontre une femme aussi intransigeante que lui, fille d’un architecte ayant pignon sur rue. Les amants terribles dans une machination qu’ils feignent d’ignorer et qui semble les dépasser, vont distiller terreur, désastre et destruction dans les âmes et dans les projets d’urbanisme de la ville. Elle est spectaculaire la scène où Roark dynamite un programme de logements sociaux non conformes à ses plans cependant que sont spectaculaires la plupart des scènes, car Van Hove a un sens aiguisé de la dramaturgie, du rythme et de ses ruptures.

La mise en scène à l’instar du texte, est complexe, plurielle, saturée, hétéroclite et impitoyable pour les comédiens qui résistent par leur talent. Le monde est ainsi que cherche à le décrire la pièce, ni heureux ni malheureux, ni égoïste ni altruiste. Le monde est tout ce que montre Van Hove et s’il est âpre et fermé il est toujours dans un même mouvement ouvert et sophistiqué. Le monde de Van Hove est notre monde de la réalité. Furieusement insaisissable.

Le désir fait loi, clame Roark dans une phrase qui fait retour à celle de Lacan, car ici le désir est le sien et non celui de l’autre. De cela Ivo van Hove veut rendre compte et sa langue dramatique, son art de la mise en scène déploient une énonciation et une représentation multimédia de ce désir. Sa maîtrise de la vidéo patte du créateur, la maîtrise absolue de l’espace scénique qui multiplie les lieux et les trajectoires de circulation au gré des rapports de force entre les protagonistes et des rebondissements de l’intrigue, doublée de la musique, principalement de percussions jouée sur le plateau construisent un spectacle éblouissant où le texte et son esprit rencontrent une complétude de formulation. Inoubliable, au delà de ce que cette chronique pourrait témoigner.

Crédits photo © Jan Versweyveld

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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