Théâtre

« Splendour », Elsa Zylberstein lumineuse en  Natalie Wood

« Splendour », Elsa Zylberstein lumineuse en Natalie Wood

07 novembre 2014 | PAR Jean-Christophe Mary


Elsa Zylberstein revit avec passion et énergie les dernières minutes de l’actrice hollywoodienne, Natalie Wood. Dans « Splendour » adapté du roman de Géraldine Maillet, la comédienne entreprend un monologue aux confins de la folie fait de flash-back où les réminiscences de l’enfance se mêlent aux souvenirs des tournages, des amants, des voyages, sur le ton d’un humour cinglant. Jusqu’au 31 décembre au Théâtre de Paris

19h, on pénètre dans la pénombre de la salle Réjane, accueillis par le tapotement des vagues, quelques cris lointains de mouettes. Sur scène, Elsa Zylberstein repose allongée de dos, en jean et chemisier blanc, face à un écran vidéo. Nous sommes quelque part au milieu de l’océan. Lorsque les lumières baissent, un montage vidéo projette pèle mêle des photos de Natalie Wood. Lumières allumées, l’actrice debout, face public lance : « Je suis morte le 29 novembre 1981 entre 1h et 1h10 du matin… ». Quelques instants auparavant, la star hollywoodienne était sur son bateau « Le Splendour » en compagnie de son mari Robert Wagner et de son amant l ‘acteur Christopher Walken. On la retrouveras noyée quelques heures plus tard. Dès cette première phrase, le ton est donné. Débute un monologue brûlant, dans les eaux sombres et glacées avec des flash-back sur son enfance. Fille d’une danseuse et d’un directeur de cinéma, tous deux émigrants russes, on découvre que Natalie Wood a commencé précocement sa carrière d’actrice, poussée dans cette voie par une mère très autoritaire, voire cruelle. « J’ai grandi à San Francisco. A cinq ans, je me retrouve sur les genoux d’un réalisateur sans avoir rien demandé à personne. » Dans la bouche d’ Elsa Zylberstein ces mots raisonnent étrangement. Durant une heure trente, elle réussit là un vrai tour de force dans cette tragi- comédie qui laisse transparaître les frustrations et les rancœurs de la légende du cinéma. Ses qualités de comédienne, cette justesse dans la diction, ce regard étonnant, cette gestuelle précise donne une vraie impulsion au texte de Géraldine Maillet. Des réminiscences de l’enfance aux souvenirs des tournages, des multiples amants au vaudeville qu’elle joue en permanence avec son mari Robert Wagner, tout vire à la catastrophe dans une succession de mélodrames et de situations souvent drôles. Dans un décor très simple, trois panneaux servant de fond d’écran aux images vidéo, la mise en scène est une vraie trouvaille. Quand Elsa Zylberstein danse avec en fond des bulles d’oxygène c’est joué avec une telle précision et un tel sens de l’autodérision, on ne peut être émus, parfois en rire, souvent grincer des dents. Désir, lassitude, excitation, dégoût, jalousie, haine, tous ces états se succèdent, s’entrechoquent sur scène dans ces mots qui fusent à la vitesse de la lumière. Certaines scènes très drôles où la comédienne fustigeant les goûts musicaux trop classiques de son mari pour la country, se déhanche sur une K7 de Roxy Music. Lorsqu’ elle évoque  quelques- uns de ses multiples amants Denis Hopper, Nicolas Ray, Warren Beaty, elle découvre sa poitrine, la montrant au  spectateur, on découvre la Natalie Wood nymphomane, la femme comme unique objet de désir. Cette scène où elle mime un Christopher Walken en robe de chambre  à l’entrée de sa cabine est une vraie réussite, où celle où elle raconte comment elle fait l’amour avec son psy pendant sa thérapie, sont de vraies bouffées d’oxygène dans la descente aux enfers de l’actrice hollywoodienne.Le texte est direct, les mots crus : « J’veux bien baiser une tarée mais lui faire la conversation au milieu de la nuit, merci bien. »

Avec ces regards perdus dans le vague, ces expressions sensuelles d’un corps usé par le sexe, l’alcool, les stupéfiants, le jeu de d’Elsa Zylberstein est grave, fragile mais montre aussi une grande puissance. « Splendour » l’histoire d’une actrice hollywoodienne vulnérable, lumineuse, mais loin d’être dupe, donne envie de lire le roman de Géraldine Maillet.

Visuel : ©Céline Nieszawer

Comédienne : Elsa ZYLBERSTEIN
Auteur : Géraldine MAILLET
Mise en scène : Catherine SCHAUB
Musique originale Splendour : Benjamin BIOLAY

Théâtre de Paris – Salle Réjane. 15 Rue Blanche, 75009 Paris. Tél : 01 48 74 25 37. Du mardi au samedi à 19h. Dimanche 17h.

Infos pratiques

Théatre Gérard Philipe
Comédie saint michel
petit_theatre_de_paris

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *