Théâtre

Sivadier reprend une jubilatoire « Vie de Galilée » au Théâtre du Nord

Sivadier reprend une jubilatoire « Vie de Galilée » au Théâtre du Nord

23 janvier 2015 | PAR Audrey Chaix

Après sa création en 2002, Jean-François Sivadier reprend La Vie de Galilée pour une tournée dans toute la France : une chance pour tous les malheureux qui n’avaient pu voir le spectacle à l’époque ! Avec Nicolas Bouchaud, toujours, dans le rôle titre, et une troupe de comédiens qui sont des fidèles de Sivadier, cette production est aussi nourrissante que jubilatoire. Et elle tombe à point nommé, alors que Brecht raconte la vie d’un homme qui misa toujours sur la raison en refusant les croyances fondées sur la religion. A voir (ou revoir !) d’urgence. 

Sivadier sait mieux que quiconque comment incarner le théâtre pour lui donner chair, et embarquer le public avec lui dans un souffle créateur décoiffant. Cela peut en dérouter certains, car il ne s’interdit pas quelques digressions – l’intermède comique façon groupe de parole sur le doute est hilarant – mais cela donne une vie, une énergie incroyables à la pièce de Brecht.

Pour diriger les comédiens, Sivadier a préféré travailler sur un texte débarrassé de toute didascalie ou indication scénique : il saisit ainsi les mots de Brecht dans leur plus pure essence, faisant fi de toute orientation dans sa lecture. Cela lui permet d’insérer des ruptures de rythmes et des décalages en forme de clin d’œil, notamment au sein des monologues, ce qui leur donne une surprenante vivacité et aide le spectateur à suivre le propos. D’autre part, il se permet de nombreux anachronismes et ajouts qui donnent encore plus de saveur à un texte qui, même s’il fut écrit à la fin des années 1930, résonne encore aujourd’hui par sa fine analyse d’une société qui préfère croire à des mensonges réconfortants plutôt que de se confronter à la réalité.

Et ça fonctionne d’autant mieux que Sivadier a privilégié une mise en scène atemporelle, qui ne s’ancre ni dans le 16e siècle italien qui est le cadre de la pièce, ni dans un décor contemporain : les personnages circulent sur un assemblage de carrés de caillebotis légèrement inclinés vers l’avant. Modulables, ils permettent de figurer différents espaces. Côté jardin se trouve le bureau de Galilée, couvert d’objets scientifiques qui paraissent plutôt d’époque, pour le coup.

Tout comme Galilée déchaîna les passions de ses contemporains, cette Vie de Galilée déchaîne l’enthousiasme du public – et c’est notamment grâce à la performance titanesque de Nicolas Bouchaud, qui incarne Galilée avec tant de justesse et d’engagement qu’on ne peut plus imaginer le mathématicien florentin autrement que sous ses traits tantôt moqueurs, tantôt sérieux. Tout autour de lui, l’ensemble de la troupe est tout aussi bon, jouant sur les registres et incarnant le texte avec bonheur.

Après Lille (jusqu’au 25 janvier 2015), La Vie de Galilée sera au Monfort Théâtre, en région parisienne, du 27 mai au 21 juin. Il ne faudra sous aucun prétexte manquer cette reprise d’une pièce qui rappelle, et l’on en a parfois besoin, pourquoi le théâtre est un art aussi indispensable. M. Sivadier, merci.

Photos © Dominique Brillault

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