Théâtre

Le silence éternel des espaces infinis n’effraie pas Robert Lepage

Le silence éternel des espaces infinis n’effraie pas Robert Lepage

29 novembre 2017 | PAR Simon Gerard

A l’occasion de la mise à l’honneur du Québec à la Villette, la Grande Halle accueille La Face cachée de la lune, spectacle mythique de Robert Lepage dans lequel Yves Jacques, seul en scène, retrace l’histoire mouvementée de la conquête spatiale jusqu’aux années 1970.

Amateurs d’expériences artistiques transgressives et poétiquement violentes, passez votre chemin ! On pourrait être tenté de dire de l’esthétique théâtrale de Robert Lepage qu’elle est quelque peu entendue, lisse et consensuelle. On pourrait aussi pointer du doigt un style trop conférencier, sorte de branche entertainment du théâtre contemporain. Si une telle critique n’est pas totalement injustifiée, il serait très léger de s’arrêter à ce méchant constat. On passe un bon moment devant cet ingénieux spectacle – dont le succès est depuis quinze ans parfaitement justifié.

Le dilemme — et sujet — de La face cachée de la lune est le suivant : comment expliquer que l’on soit sensible aux événements de la vie infiniment petite que nous menons en tant qu’homme ou femme, tout en étant un tant soit peu conscient de la grandeur des espaces infinis que nous côtoyons ?

Il est assez beau – et intelligent – qu’une telle question soit soulevée par un personnage dont l’histoire et la personnalité sont précisément « moyennes ». Jaloux de la réussite de son petit frère, timide et peu confiant, affaibli par la perte d’une mère qui était tout pour lui, Philippe incarne le lien entre le petit et le grand, l’humain et le cosmos : il est l’homme du milieu. Son histoire rappelle la banalité du héros houellebecquien qui, submergé par le flot des choses sensibles, sort parfois la tête de sa réalité étriquée pour prendre une grande bouffée d’absolu.

Lepage sait parfaitement mettre en scène ces changements d’échelles soudains, et donner à ces derniers des allures de révélations : une machine à laver devient subitement un hublot de capsule spatiale, de même qu’un jeu de miroir permet à Yves Tanguy de passer de l’apitoiement à l’apesanteur. Étrange style, il convient de le remarquer, que celui de Robert Lepage, dont le goût certain pour la captation en direct, la projection vidéo et le numérique est accompagné par d’autres moyens scéniques très modestes – voire pauvres : avec une table à repasser, une penderie et quelques chaises, Lepage nous emporte où il le désire. On est toujours surpris par l’ingéniosité des images scéniques, la fluidité des changements de décors, le réalisme des marionnettes qui traversent parfois le plateau. Lepage réconcilie l’universel et le banal par la poésie : la beauté magique de la technologie côtoie celle, stimulante, de l’ingéniosité.

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Simon Gerard

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