Théâtre

« Seul dans Berlin », l’intense adaptation de Luk Perceval par le Thalia Theater de Hambourg

« Seul dans Berlin », l’intense adaptation de Luk Perceval par le Thalia Theater de Hambourg

02 février 2014 | PAR Christophe Candoni

Les Amandiers à Nanterre accueillaient pour quatre représentations la troupe du Thalia Theater de Hambourg qui, sous la conduite du flamand Luk Perceval, son metteur en scène permanent, proposait une adaptation de Seul dans Berlin tranchante comme une plaie à vif.

Sorti en RDA en 1947 mais ignoré en Allemagne jusqu’à sa publication outre-Atlantique, le roman de Fallada n’est devenu que très récemment un best-seller mondial. Il met en scène l’acte de résistance dérisoire et désespéré du couple Quangel, des gens modestes et taiseux, qui, après la mort au front de leur fils, se mettent à écrire des cartes postales au message explicitement engagé contre le führer et la guerre qu’ils disséminent dans la ville entière et ébranlent l’autorité.

Montée dans une économie totale de moyens scéniques – une table sert d’unique élément de décor – la pièce est dominée par le jeu superlatif des acteurs allemands. La lecture de Luk Perceval, impitoyablement sombre et froide, s’éloigne de l’esthétique brutalisante et provocatrice, que l’on dit « à l’allemande ». Pas d’images spectaculaires, de souillure, d’exubérance, de scandale mais un spectacle essentiel à la rigueur absolue et d’une force percutante qui privilégie l’évocation à l’hyper-monstration.

En fond de scène, un plan de la ville de Berlin, avec ses blocs résidentiels, ses immeubles alignés, ses rues et jardins, composé des multiples objets du quotidien dont la Gestapo dépossède ses condamnés. Boîtes à chaussures, sacs à main, horloges, bijoux, couverts, valises, caissons sont également entassés sur le sol et disent l’état de dévastation de la ville en ruines.

On retrouve cette même désolation dans le jeu écorché des comédiens. Exposés dans une frontalité sèche et mis à nu, ils expriment avec rage et fragilité des sentiments très forts sans verser dans le pathos et n’excluent pas l’humour et le grotesque de certaines situations. L’approche très simple du texte et concentrée sur l’essentiel ainsi que l’immobilisme des corps et des visages défaits provoquent la sidération. Ce parti pris radical de dégraissage de la représentation théâtrale donne au spectacle une densité bouleversante et rend le drame terriblement poignant.

Photo © Krafft Hengerer

Infos pratiques

Odéon Théâtre de l’Europe
Les Gémeaux
theatre_nanterre_amandiers

One thought on “« Seul dans Berlin », l’intense adaptation de Luk Perceval par le Thalia Theater de Hambourg”

Commentaire(s)

    Publier un commentaire

    Votre adresse email ne sera pas publiée.

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *