Théâtre

« Sans Valentin » à la Comédie de Paris

« Sans Valentin » à la Comédie de Paris

23 février 2015 | PAR Prescillia Rodax

Comédie coup de cœur du festival d’Avignon OFF de l’année 2014, Sans Valentin raconte avec justesse les déboires amoureux de Romain, un hétéro touchant mais maladroit qui est prêt à tout pour se faire aimer d’un garçon.

[rating=4]

Seul en scène et brisant d’emblée le fameux quatrième mur, Romain (Mathieu Coniglio), jeune galeriste de 30 ans, nous confie ses déceptions amoureuses. Puceau jusqu’à 25 ans puis abandonné par la seule fille qu’il ait aimée, Romain est persuadé que sa vie sentimentale est terminée. Mais c’est sans compter sa rencontre avec Valentin (Thomas Jacob), un jeune peintre gay d’une vingtaine d’années qui va remettre en question toutes ses convictions. D’abord effarouché, Romain s’éprend finalement de ce jeune garçon, qu’il essayera de conquérir grâce au soutien de son meilleur ami Anthony (Yohan Genin).

Si l’homosexualité est désormais une source d’inspiration inépuisable pour les auteurs contemporains, le risque de tomber dans la caricature n’est jamais bien loin. Dans Sans Valentin, Romain entre en scène sur le rythme de « Vanina » de Dave, Valentin porte des bretelles aux couleurs de l’arc-en-ciel et Anthony s’amuse, avec parcimonie, à jouer le rôle de la folle. Mais derrière ces inévitables stéréotypes, Jocelyn Flipo nous livre une comédie intelligente qui, sur fond de clichés cocasses, traite de l’homosexualité à travers le regard d’un hétérosexuel. Dissimulé dans son costume noir, cette « couleur sans risque », Mathieu Coniglio interprète avec justesse le rôle du trentenaire peu sûr de lui et incapable d’avouer ses sentiments. Oscillant entre l’homo décomplexé, l’amoureux transi et l’hétéro désemparé, il manie habilement les nuances de son personnage, tout en créant une fine complicité avec le public.

Portés par des musiques pop très actuelles, les tableaux s’enchaînent dans un temps étiré, entrecoupé d’arrêts sur image récurrents : un procédé astucieux qui laisse enfin son moment de grâce à Yohan Genin, ce « troisième rôle » délicieusement excentrique, à l’humour grossier mais efficace. Et si le jeune Thomas Jacob manque encore un peu de caractère dans son interprétation, ses allures d’adolescent et ses minauderies naturelles le rendent particulièrement touchant. Inégal mais complémentaire, ce joyeux trio de comédiens réussit sans mal à conquérir son public, animé par la plume nuancée et convaincante de Jocelyn Flipo. Une pièce drôle et émouvante qui nous invite à nous interroger sur ce besoin insatiable d’être aimé, et sur cette nécessité parfois naturellement coercitive de devoir aimer, sans distinction de genre.

Sans Valentin de Jocelyn Flipo, mise en scène de Jocelyn Flipo et Léon Vitale, à la Comédie de Paris jusqu’au 11 avril 2015.

Visuels : © Fabienne Rappeneau

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