Théâtre

Le renard envieux qui me ronge le ventre de Millie Duyé

Le renard envieux qui me ronge le ventre de Millie Duyé

30 janvier 2018 | PAR David Rofé-Sarfati

Après l’indispenasble Provisoire(s) sur la question des réfugiés la nouvelle pièce de la Compagnie des Entichés se saisit de la question impossible du genre. À la confusion des discours, ils ajoutent une joyeuse contribution dans un geste poétique.

L’écriture de plateau orchestrée par la brillante Millie Duyé a crée ceci de magique que le texte a manifestement pris le temps de s’inscrire dans l’esprit et le jeu des comédiens; libérée de l’anxieuse question de la légitimité la troupe s’autorise une économie de procédés de mise en scène. Convaincus leurs jeux rend chaque motif efficace. Leur écriture du trouble identitaire repère sa modalité la plus sombre pour le déplier tout au long de la pièce : celle de l’identification à l’agresseur. Les personnages suivent un parcours mental où d’abord victimes des normes sociales, ils se transforment eux-mêmes en bourreaux. Car peut-être il ne leur reste d’autre choix.

Le titre de la pièce est emprunté à une anecdote de Plutarque. Dans l’Enfant au renard  les enfants se  dérobent à la loi. L’un d’eux ayant pris un renardeau qu’il avait caché sous sa robe et craignant d’être découvert, se laissa déchirer le ventre par l’animal à coups d’ongles et de dents, sans jeter un seul cri. Il préférera mourir plutôt que d’être découvert.

 SI les enfants sont l’avenir de notre société, alors les jeux d’enfants sont le lieu des schémas aliénant, mais aussi des ruptures salvatrices. Un des jeux d’enfants se finit  par cette résignation : C’est toujours les princes qui gagnent ». Le premier baiser d’une adolescente se termine par la violence patriarcale et machiste : T’es vraiment une allumeuse !  Deux parents expliquent la puberté à leur fille en commençant par la phrase Les filles et les garçons, on n’est pas pareils. On en est là et rien ne prédit que les choses s’inclinent.

Chaque scène est une constatation et un manifeste. Sous forme de tableaux ponctués d’interludes et habillés d’une musique moderne, les cinq comédiens  prêtent  leur dynamisme à leurs convictions. On quitte la pièce en ayant beaucoup ri (une scène d’accouchement est hilarante). On la quittera également avec une sensation douce amère que les consciences changeront par le temps et le courage.

Une pièce drôle jeune et vertueuse sans crânerie

Le 8 et 9 février

PARIS ANIM’ LES HALLES LE MARAIS
6/8 Place Carrée
Durée : 95 minutes

Compagnie : Cie Les Entichés
Écriture et mise en scène : Millie Duyé
Interprété par : Thomas Bouyou, Mélanie Charvy, Émilie Crubezy, Charles Dunnet, Loris Reynaert
Création lumières : Tanguy Gauchet
Musique : Korfall
Création chorégraphique : Clément Victor
Réalisation décors : Marion Dossikian
Aide à la dramaturgie : Romain Picquart
Public : dès 15 ans

Sortie digitale de GOLEM, le tueur de Londres de Juan-Carlos Medina
J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne de Jean-Luc Lagarce mise en scène par Chloé Dabert.
David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *