Théâtre

Que je t’aime avec Clémence Massart,  spectacle riant et joyeux au Lucernaire

Que je t’aime avec Clémence Massart, spectacle riant et joyeux au Lucernaire

06 janvier 2019 | PAR David Rofé-Sarfati

Plus de trente ans après sa création à Avignon, la comédienne Clémence Massart a décidé de rejouer Que je t’aime, un  spectacle mis en scène par Philippe Caubère. Le temps qui a passé double l’effet comique et l’éloquence du geste.

 

Ce soir là, à la billetterie, certainement pour fêter la nouvelle année, celle qui nous tend les billets est coiffée de deux couettes en escargots à la façon de la princesse Leila. A-t-elle voulu aussi fêter la Elvire  du Dom Juan mis en scène par Philippe Caubère en 1973 et jouée par Clémence Massart? Peut-être.  Le Lucernaire reçoit en ce début d’année celle que le même Caubère appelle affectueusement Budue et dont le talent fait partie de notre patrimoine. Cette coiffure joyeuse signe peut-être l’événement.

La pièce fut créée en 1995 au Théâtre des Carmes d’Avignon. Bien avant l’époque des réseaux sociaux, des tweets ou des SMS, Clémence Massart avait collecté sous forme de lettres des années 50/60 envoyées à des journaux locaux, des psychologues des médecins  une nouvelle parole libérée des femmes. Elle nous livre dans une guirlande d’incarnations ces  lettres, ces femmes ; et si la prose à la forme lexicale perdue résonnent en nous, elle nous empoigne, car les questions, les confessions et les aveux demeurent les mêmes, car aussi la comédienne donne un second souffle à ces dizaines de femmes attachantes. Ces messages de femmes de tous les âges livrent un état des lieux des psychés et des intimes réflexions sur l’amour, la sexualité, l’adultère, la grossesse. Nous sommes bien avant Mai 68, la pilule et #Metoo mais la femme ne se départira pas si facilement du poids de l’esprit du patriarcat, de l’asservissement biologique à la procréation et d’une longue histoire de soumission et d’annulation. 

Le propos est sérieux, mais Clémence Massart aime le théâtre joyeux. Elle fut aussi une comédienne de cirque; elle fut la compagne et la complice de Philippe Caubère. Elle appartint longtemps avec son accordéon à la troupe légendaire des Foot’sbarn.  Forte de tout ce bagage et de sa soeur la finesse, elle apparaît en jolie robe rouge, un noeud assorti dans les cheveux. Elle se tient devant nous  à la fois délicate et volontaire, drôle et profonde, enfantine et mature, sincère et non dupe. Colonisant l’ensemble du plateau, elle dévoile toutes les femmes qu’elle incarne sans que jamais la grande comédienne ne nous quitte. Nous découvrons amusés ces femmes tandis que Clémence Massart reste avec nous tout au long du périple. Elle chante accompagnée de son accordéon, elle imite les accents, elle interprète  la timide, la chafouine, la naïve et  la fausse naïve, la peureuse, la forte puis la fragile, la profonde puis la superficielle. Le geste se transforme parfois en  un cours d’art dramatique. Par sa voix – et quelle voix!- parlent toutes ces femmes en un manifeste poétique. Les personnages s’enchaînent à la vitesse de la virtuosité. Les rires à l’avenant. La joie en pour boire.

À la fin d’une heure quarante passée à toute allure où nous aurons ri sans souffler, les applaudissements se mêlent aux « bravo » et aux « quel talent ». 

 

 

Que je t’aime

avec Clémence Massart,

1H40

du mardi au samedi à 21 heures. 

jusqu’au 9 février au Théâtre du Lucernaire, salle Paradis, 53, rue Notre-Dame-des-Champs, Paris. 

Réservation au www.lucernaire.fr

 

Infos pratiques

Odéon Théâtre de l’Europe
Les Gémeaux
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