Théâtre

« Plus grand que moi », un solo poétique et barré au Théâtre du Rond-Point

« Plus grand que moi », un solo poétique et barré au Théâtre du Rond-Point

24 avril 2019 | PAR melanietlmt

La comédienne Manon Keusé investit la salle Roland Topor du Théâtre du Rond-Point et offre à ses spectateurs un spectacle maboul et onirique, les pieds sur Terre mais la tête dans les nuages.

Rarement une pièce de théâtre sera passée aussi vite que celle-ci. Cette heure en compagnie de l’actrice offre un tel lot de surprises qu’elle passe à une vitesse éclair ! Il faut dire que Plus grand que moi commence sur les chapeaux de roues -littéralement-, puisque la comédienne entame ce solo assise sur la selle d’un vélo d’appartement installé sur la scène. Elle pédale, pédale, pédale devant un ventilateur, synonyme des vents contraires que rencontre sa trajectoire. Son voyage ? Il a lieu aussi bien dans le temps que dans l’espace. Il faut dire que Cassandre Archambault est peut-être une parisienne du XXIè siècle, ça ne l’empêche pas de sentir peser sur ses épaules le poids mythologique de son prénom. La faute à ses parents, qui l’ont conçue sur une plage de Grèce ?

Dans sa chambre de bonne parisienne, sous les combles, son sommeil lourd l’entraine toujours plus loin de chez elle : elle rêve que si elle ne pédale pas une dizaine de kilomètres chaque nuit, quelque chose de terrible va se produire. À la fois décousu et parfaitement censé, ce monologue n’offre pas de répit au public, témoin des interrogations poétiques de son attachante héroïne. Cassandre est sans cesse partagée entre la volonté de faire bouger les choses, et celle de se rendormir pour oublier que le monde est un lieu particulièrement sombre. Cette nana est aussi bien un pur produit de la jeunesse -elle se pense unique- qu’une figure dans laquelle chacun.e peut se reconnaître -comme le dit la chanteuse pop Angèle dans sa chanson, « Je reste avec moi-même et j’ai la flemme », et elle n’est pas la seule. Manon Keusé met sa pêche au service des élucubrations nocturnes de cette héroïne intemporelle, qui imagine la performance comme moyen fantasmé et fantastique de réveiller les consciences. Dans un brusque élan de folie, elle s’imagine ce qu’il se passerait si elle déployait ses huit mètres d’intestin sur la scène d’un théâtre -belle mise en abîme- ou qu’elle faisait ses courses au marché complètement à poil. Comme le dit Nathalie Fillion : « Le sujet principal, c’est comment rester humain dans cette époque hystérique, mortifère et anxiogène, et continuer de rêver, de construire, d’aimer et d’habiter le monde dignement ». Et cela ce sent, car on ressort de cette pièce avec la furieuse envie de faire quelque chose de fou et de poétique !

Plus grand que moi, solo anatomique, au Théâtre du Rond Point jusqu’au 28 avril.

visuel : affiche du spectacle

Infos pratiques

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