Théâtre
Phèdre : Terreur et pitié au théâtre des quartiers d’Ivry

Phèdre : Terreur et pitié au théâtre des quartiers d’Ivry

27 novembre 2013 | PAR Sonia Hamdi

Au milieu des tours urbaines de la ville d’Ivry-sur-Seine se trouve le petit théâtre Antoine Vitez, un de ceux qui composent le complexe du Centre dramatique national du Val de Marne. Une pièce se joue depuis le 4 novembre jusqu’au 1er décembre dans une petite salle abritant une grande œuvre : Phèdre. La mise en scène, imaginée par Elisabeth Chailloux, propose une version moderne, interrogatrice et actuelle de la pièce écrite par Sénèque, inspirée d’Euripide, et qui sera la base de l’œuvre de Racine.

Le décor mobile et ambivalent, entre modernité et poutres ocres au style ancien, est simple. La scène est entourée de sable sombre. Un couple de chaises, de part et d’autre de la scène, cassent avec le classicisme du décor. Les répliques des comédiens, proses empruntes de poésie antique, rompent avec la modernité de leurs costumes. Ces antithèses scéniques invitent le spectateur à comprendre que bien que la pièce qui se déroule sous leurs yeux se passent à des siècles du leur, le thème abordé, lui, n’en est pas moins actuel. Orange, rouge, noir sont les dominantes chromiques des jeux de lumières : couleurs de la passion, question centrale de la pièce.

Phèdre, épouse du fameux Thésée, vainqueur du Minotaure, est amoureuse de son beau fils, Hippolyte. Que dis-je, littéralement folle d’amour pour ce jeune éphèbe ayant choisi la vie sauvage, libre, plutôt que le faste des banquets. Une absence de Thésée, dont on apprend plus tard qu’il était enfermé dans les affres des enfers, donne l’occasion à l’éperdue d’avouer son amour incestueux à Hippolyte. Lui, qui a choisi la chasteté et qui exècre les femmes. Le vif échange, dont la beauté des mots est frappante, amène le jeune fils du roi à quitter la ville. Fuite manipulée par la nourrice de Phèdre, qui, pour la protéger, invente un macabre mensonge afin de protéger l’honneur de sa maîtresse : Hippolyte a violé la Reine et s’est enfuit.

Le retour de Thésée, trompant le Cerbère grâce à l’aide d’Hercule, arrive au moment où Phèdre, terrassée par le chagrin, décide de se tuer. Le roi, la pressant de confier son malheur, se heurte à un mur : « Les soucis sont bavards. Les tourments sont muets ». Mur de silence qui tombera sous la menace de la torture de sa chère nourrice… de laquelle elle s’inspire en répétant son mensonge, fil conducteur de la chute. La réaction du roi à la rumeur professée par sa femme sera à la mesure du chagrin de celle-ci.

Le jeu des comédiens, très réussi, rend grâce à cette sublime tragédie grecque. Thomas Durand en Hippolyte subjugue par le regard. Marie-Sohna Condé en Nourrice fait frissonner par la force de sa voix. Une vivacité fraîche se dégage de la charmante Sara Llorca dans le rôle du Chœur, contrebalançant avec la sobriété d’Adrien Michaux en Messager. Sans oublier Marie Payen qui incarne une Phèdre tantôt martyre, tantôt bourreau, dans un jeu fascinant.

L’alliance du jeu des acteurs et les choix de la mise en scène permettent aux codes de la catharsis de s’exprimer clairement : entre terreur et pitié, le temps se suspend aux lèvres des personnages.

Sonia Hamdi

Visuel 1 : © fousdetheatre.com
Visuel 2 : © Ivry94.fr

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