Théâtre

Oroonoko d’Aline César : Alchimie sur les planches du Grand Parquet

Oroonoko d’Aline César : Alchimie sur les planches du Grand Parquet

24 novembre 2013 | PAR Hélène Gully

20h 00 : La porte du Grand Parquet s’ouvre sur un ailleurs, dans une alcôve orpheline loin des agitations du quartier de Stalingrad. Le parquet sent le vieux bois rassurant. Les spectateurs sont alors confinés dans un repaire artistique. La salle s’obscurcit.
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Les acteurs apparaissent et trouvent leur place dans le décor épuré. Aphra Behn s’adresse au public et fait exploser la distance entre elle et son spectateur. Son rôle de témoin et d’acteur se construit sur des fragments d’épisodes autobiographiques. En effet, la pièce s’inspire de l’œuvre d’Aphra Behn ‘’Oroonoko’’ datant de 1688 pour expirer un souffle inédit de réinterprétation vivante.

OROONOKO-5-webL’histoire est celle du prince de Cormantine trahi et vendu comme esclave. Oroonoko de son vrai nom est respecté dans toute la plantation de sucre au Surinam dans laquelle il est envoyé. Il se fait appeler César et devient ami avec les européens qui dirigent le domaine. Là-bas, il y retrouve sa fiancée elle aussi devenue esclave et décide de fomenter une révolte opportune lorsqu’il découvre qu’elle est enceinte. Il ne supporte pas l’idée que son enfant puisse être un enfant d’esclave. La compagnie Asphalte digère l’œuvre d’Aphra Behn pour accoucher d’une pièce enivrante. La mise en scène moderne enchante par son formidable pouvoir d’évocation. Elle incarne cette douloureuse oxymore du prince esclave dont la perte d’identité se reflète dans le décor, les costumes et le jeu. César-Oroonoko voit sa dignité d’homme balbutier dans sa révolte polyphonique. Les acteurs maîtrisent la redoutable scène et la transforment en espace où le thème inoxydable de la dépossession se réfléchit dans tous les recoins. Identité, liberté, morale et dignité se voient dérober. Chaque personnage est esclave d’un homme ou d’une idée. La scénographie repose sur une projection de vidéos d’éléments graphiques. Les projecteurs escortent une lumière judicieuse, moderne et troublante.

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La force de la représentation réside dans le talent des acteurs. Les costumes sont sobres mais délicats, en parfait accord avec l’intention de la mise en scène. Les voix et les corps s’enlacent et fusionnent, le chant se transforme en prolongement naturel de la parole. Oroonoko est l’occasion d’une complicité entre le mouvement et la phrase. Les textes sont splendides et séduisent l’esprit envoûté du spectateur. L’émotion du spectateur voyage grâce aux affinités exotiques entre les flûtes de pan, le tam-tam, les guitares électriques et les cris des dissidents. Oroonoko est la rencontre entre acteurs et spectateurs. La pièce aborde la question de la relativité du concept de la barbarie et souligne l’ensauvagement de l’européen.

21h30 : Retour vers le futur, celui du 21ème siècle, encore imprégné du bruit et de la fureur d’un racisme multiséculaire.

Photo (c) : Nathaniel Baruch

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