Théâtre
« On ne badine pas avec l’amour » au théâtre Le Lucernaire

« On ne badine pas avec l’amour » au théâtre Le Lucernaire

07 octobre 2014 | PAR Prescillia Rodax

Pétillante et dynamique, la comédie d’Alfred de Musset retrouve toute sa fraîcheur dans la mise en scène résolument contemporaine de Christophe Thiry. Privée de décor statique, la scène s’empare des corps dans un entremêlement d’émotions et de genres, qui libère à la fois la parole et le mouvement.

[rating=4]

Camille (Anna Sorin) et Perdican (Sébastien Ehlinger) s’aimaient dans l’enfance, leurs parents avaient convenu de les marier ensemble. Revenus de leurs études et devenus adultes, ces derniers ne sont pourtant plus sur la même longueur d’onde : alors que Perdican souhaite s’unir à Camille, celle-ci préfère retourner au couvent pour se faire religieuse. Voulant susciter la jalousie de sa belle, Perdican décide de faire la cour à Rosette (Marion Guy), la sœur de lait de Camille. Un acte plein d’orgueil qui mènera les jeunes premiers jusqu’au drame.

Légère et parfaitement épurée, la mise en scène de Christophe Thiry laisse s’exprimer toutes les facettes de la pièce d’Alfred de Musset. À la fois comique, dramatique mais aussi tragique, On ne badine pas avec l’amour mêle les émotions dans une scénographie vivante et dépouillée. Sur scène, les comédiens sont emportés dans de multiples rôles : tantôt personnage, décor ou partie intégrante du chœur, ils s’inscrivent dans une esthétique déroutante mais harmonieuse. Un mélange des corps et des êtres qui rythme la pièce tout en mettant en lumière la fluidité des mouvements et la puissance émotionnelle des personnages. Et c’est dans cette veine que s’inscrit l’interprétation d’Anna Sorin : d’abord froide et fuyante, la parole de Camille devient profonde et percutante. Une attitude qui l’oppose à la joyeuse naïveté de Rosette, dont l’attitude exacerbée manque parfois de naturel.

Sans tomber dans une médiocre bouffonnerie, la pièce se teinte d’un comique dénué de finesse. Une accumulation d’attitudes et de paroles grotesques mais amusantes, portées par l’interprétation cocasse de Francis Bolela et Pierre Marzin. Et c’est dans ce mélange des genres, à la fois drôle et émouvant que la beauté du texte de Musset rencontre les paroles de Jeanne Moreau et de Gainsbourg. Délicatement chantées par Marion Guy, « J’ai la mémoire qui flanche » et « La Javanaise » viennent superposer, compléter les répliques des personnages. Et si ces mélodies renforcent l’esthétisme de la pièce, elles ont parfois tendance à prendre le pas sur le texte, qui devient presque inaudible à l’approche du dénouement.

On ne badine pas avec l’amour au théâtre Le Lucernaire du 17 septembre au 2 novembre. Joué par l’Attrape Théâtre et mis en scène par Christophe Thiry.

Visuels : © Bernard-Michel Palazon

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