Théâtre

« Monkey Money », la nouvelle création de Carole Thibaut au Théâtre du Nord

« Monkey Money », la nouvelle création de Carole Thibaut au Théâtre du Nord

18 novembre 2015 | PAR Audrey Chaix

Le jour de son anniversaire, la Bee Wi Bank met les petits plats dans les grands pour inviter ses employés, ses actionnaires et ses partenaires à venir célébrer l’événement avec elle. Champagne, petits fours, confettis et numéros de claquettes : il ne manque rien pour que l’ambiance soit joyeuse et festive. Le Jeune Directeur (Arnaud Vrech, issu de l’École du Nord) fait un discours inspiré pour marquer le coup et saluer le créateur de l’institution, qu’il considère comme un père adoptif. Tout se passe pour le mieux … jusqu’au moment où un homme, venu de l’autre côté d’un mur qui sépare les riches des pauvres, menace de s’immoler par le feu. Au chômage depuis peu, il ne peut plus rembourser le crédit qu’il a souscrit auprès de la banque, et c’est au bout du rouleau qu’il vient implorer son directeur … 

Pour sa nouvelle création, Carole Thibaut s’appuie sur la lutte des classes, qu’elle répartit de part et d’autre d’un mur matérialisé sur le plateau par de grands panneaux de PVC. Un mur qui s’écroule partiellement au milieu de la pièce, avant de disparaître définitivement pour laisser place à un étrange no man’s land. Après une étrange toute première scène, où le visage d’une très jeune fille, projeté sur le fond de scène, promet son corps à qui voudra payer le prix, on passe de l’autre côté du mur avec le discours dynamique et enthousiaste du jeune premier, celui qui tente de se faire une place du côté des nantis. Un début qui donne le ton et le rythme, avec un contraste marqué entre deux univers que tout oppose.

Malheureusement, après la superposition intéressante de ces deux scènes d’ouverture, la suite n’est pas vraiment à la hauteur, et le spectacle s’enlise dans une lenteur qui souligne un propos qui ne va pas jusqu’au bout de son idée. Les comédiens ont peine à se dépêtrer d’un texte qui aligne les clichés sans vraiment se confronter à ce qui est l’essence de son sujet : la violence de la lutte des classes, entre la famille qui dirige la Bee Wi Bank, un organisme de crédit impitoyable, et celle abandonnée par un père titubant sous le poids des dettes, et qui choisit de s’immoler par le feu pour crier sa douleur. À la place, Carole Thibaut choisit de traiter le sujet en passant d’un hyper réalisme marqué dans la première partie de la pièce, à une plongée fantasmagorique dans une forêt imaginaire et sans fin, dans la seconde partie. Choix servi par une très belle scénographie qui, hélas, n’est pas soutenue par un texte suffisamment puissant et fin pour retenir l’attention du public.

Monkey Money profitera certainement de sa tournée pour gagner en rythme et en tension. Car en l’état, cette « monnaie de singe » ne suffit pas à convaincre, et cela déçoit d’autant plus que le projet initial paraissait passionnant.

Tournée 2015/2016

Le 27 novembre 2015 / Espace Sarah-Bernhardt à Goussainville

Les 4 et 5 décembre 2015 / Théâtre 95, Cergy-Pontoise

2 février 2016 / Le Carreau, scène nationale de Forbach et de l’Est Mosellan

1er et 2 mars 2016 / l’Hexagone, scène nationale de Meylan

11 mars 2016 / Le Théâtre, scène nationale de Mâcon

Du 15 au 25 mars 2016 / Les Célestins, Théâtre de Lyon

A la rentrée 2016 / CDN de Montluçon

Photos : © Simon Gosselin

Infos pratiques

Théâtre de la Paillette
Théâtre Saint Médard
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