Théâtre

Une magnifique Martha dans « Qui a peur de Virginia Woolf » de Panchika Velez au Théâtre 14.

Une magnifique Martha dans « Qui a peur de Virginia Woolf » de Panchika Velez au Théâtre 14.

13 septembre 2018 | PAR David Rofé-Sarfati

 Panchika Velez s’empare de la pièce de Edward Albee Qui a peur de Virginia Woolf. Elle nous en propose une lecture au bout du compte optimiste et offre l’occasion à  Frédérique Lazarini de créer au Théâtre 14, une Martha déjà inoubliable.

 

La pièce est l’histoire d’une césure cachée. Sans spoiler d’avantage car une surprise attend le primo spectateur, durant une nuit bien arrosée un couple de quinquagénaires se déchire sous les yeux d’un jeune couple. Martha, fille du patron de l’université est mariée depuis plus de vingt ans à George, professeur d’histoire. Elle est une femme belle au caractère solide et si sa  beauté est altérée, son tempérament violent reste intact.  Georges son cadet de 7 ans est d’une intelligence redoutable et d’une tempérance inquiétante. À la suite d’une réception donnée par le père de Martha, Nick, jeune professeur de biologie arriviste est venu prendre un verre avec sa jeune épouse Honey une idiote faussement angélique.

Lors de cette nuit blanche les deux couples vont frotter leur inquiétude dans une partition ni tout à fait mondaine ni tout à fait partie fine. Chacun boira plus que raisonnable et mettra en contraste l’idée qu’il se fait du couple. Le titre de la pièce rappelle et prépare le leitmotiv chanté sur l’air du Qui a peur du grand méchant loup de Walt Disney par les personnages de cette soirée faussement  enfantine .

Chez Velez, tout commence comme du boulevard. Mais lentement sous l’effet combiné de l’alcool et  du  jeune couple, catalyseur et miroir déformant, Marha et Georges vont précipiter une rupture fondamentale dans l’économie de leur couple. Le point de fusion passera d’abord inaperçu pour ensuite faire son oeuvre clandestinement jusqu’à l’issue. Panchika Velez nous installe devant une pièce d’aspect anodine pour nous transporter en douceur, mais avec efficacité vers ce qui va apparaître comme un exercice brutal mais plein d’espoir d’exorcisme de démons conjugaux. Le texte est puissant. Il traverse les questions du mariage, du couple, de l’hystérie, de la mascarade sociale, de la perversion, du narcissisme. Son choix d’une mise en scène discrète et de motifs scéniques épurés fait la part belle à l’interprétation des comédiens qui seuls durant deux heures haletantes soutiennent leur personnage et orchestrent la descente vers le chaos.

Les quatre comédiens défendent le texte avec intelligence et dans une harmonie contributive. Jamais ce texte puissant ne les écrase et Frédérique Lazarini authentique et talentueuse tragédienne donne au rôle de Martha une épaisseur et une partition tout à fait  inoubliable.

Qui a peur de Virginia Woolf au Théâtre 14  constitue un excellent choix car elle est une pièce à texte et une pièce d’acteurs.

 

 

Frédérique Lazarini, Stéphane Fievet, Agnès Miguras, Aurélien Chaussade

Copyright visuels :©photo LOT.

Infos pratiques

Les Rires du Monde de Saint Denis
Musée de l’Histoire Urbaine et Sociale de Suresnes
Camille Hispard

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *