Théâtre
MacBeth sublimé par Laurent Pelly

MacBeth sublimé par Laurent Pelly

08 octobre 2013 | PAR Justine Braive

C’est une version en « noir et blanc » de la célèbre tragédie de Shakespeare, « MacBeth », que nous livre la grande salle du théâtre des Amandiers.

Un clair-obscur continuel pendant les trois heures trente de représentation.

Du « noir » pour un univers cauchemardesque où passion, pulsion, pouvoir et vengeance cohabitent.

De la lumière blanche, blafarde, illuminant les visages de MacBeth et Lady Macbeth déformés par les tourments, la folie, le désespoir et la soif de conquête.

De la brume pour une chute aux enfers des époux diaboliques, assoiffés par le pouvoir, sentant grandir en eux la pulsion criminelle : « nous sommes si jeunes dans le crime ».

La pièce débute sur un fond de guerre livrée par l’Ecosse et la Norvège au XIème siècle. Macbeth est le chef des armées du roi d’Ecosse, Duncan. Mieux vaut être attentif, des noms de rois, de territoires, de titres s’entremêlent pendant les premières minutes de la représentation. Puis, une prophétie se dessine. D’étranges créatures, mi-elfes, mi sorcières, incarnées par des hommes aux seins grossiers et monstrueux, aux chapeaux pointus annoncent à Macbeth qu’il deviendra roi pour le récompenser du courage dont il a fait preuve pendant la guerre.

MacBeth, pressé de voir s’accomplir cette prophétie, guidé par sa terrifiante épouse, ne peut s’empêcher d’assassiner son cousin, le Roi Duncan. Mais « le sang appelle le sang », le cycle meurtrier se poursuit alors pour conserver le trône.

Laurent Pelly, le metteur en scène, plonge littéralement les comédiens dans l’obscurité, joue avec un décor sobre : un château digne d’une maisonnette dessinée par un enfant, un trône d’une grande sobriété (une chaise blanche) qui grandit au fur et à mesure que s’affirme le pouvoir du tyran, des murs en parpaing roulant au gré des scènes.

Une manière selon lui, d’affirmer que « MacBeth n’est pas seulement le nouveau roi d’Ecosse », qu’il peut être « un parent, un voisin ou un collègue de travail ». Ainsi, la pièce va au-delà de la folie d’un roi, elle évoque plus largement la folie humaine. Une folie humaine facilement démasquée par les costumes qui évoquent le nazisme. Cette petite touche n’était pas forcément nécessaire, l’atmosphère étant déjà amplement anxiogène.

Mais dans les ténèbres de la folie humaine, le directeur du Théâtre national de Toulouse a réussi à trouver de la clarté en s’appuyant sur la traduction de l’œuvre par Jean-Michel Desprats, rythmée, poétique et limpide . Il arrive même à nous décoincer les zygomatiques en nous présentant un MacBeth enfantin, trop petit sur ce grand trône complètement disproportionné, pantin désarticulé, vanité ridicule d’un tyran qui ne cesse d’être sermonné par sa femme.

Thierry Hancisse, sociétaire de la Comédie-Française, accompagné par Marie-Sophie Ferdane, ex-pensionnaire de la Comédie-Française subjuguent par leur justesse d’interprétation. Un couple infernal aussi bien guidé par sa folie que par Laurent Pelly.

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