Théâtre

« Les méfaits du tabac » se retrouvent dans la musique

« Les méfaits du tabac » se retrouvent dans la musique

19 mars 2014 | PAR Enora Le Goff

Hier avait lieu la première du spectacle mis en scène par Podalydès au Théâtre des Bouffes du Nord : Les méfaits du tabac – Concert en un acte.

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Le texte de Tchekhov paru en 1902 met en scène un homme, Nioukhine, qui doit faire à la demande de sa femme une conférence sur les méfaits du tabac. Du sujet nous n’aurons que le titre puisque le monologue est en fait pour le personnage une courte échappatoire pour parler librement de sa vie, tiraillé entre sa femme et le pensionnat qu’elle tient et dont il est l’administrateur soumis. Ce personnage, Nioukhine, touche par la lucidité dont il fait preuve en contemplant et jugeant sa vie.

La scène en un acte est ici couplée à des musiques de Bach, Berio et Tchaïkovski qui rythment la pièce et apparaissent comme un écho aux sentiments du personnage. Dans une salle de musique trois femmes jouent Bach, un vieil homme va et vient, indécis, perdu, usé et follement amusant. Cet homme c’est Nioukhine, interprété par Michel Robin, il vient ici donner une conférence sur les méfaits du tabac, mais plus qu’une conférence c’est un portrait de sa condition qu’il va offrir. Il se raconte dans son entièreté, le portrait navrant d’un homme tyrannisé par sa femme, celle-ci est le personnage principal, directrice du pensionnat, on en entend parler, on l’attend, mais on ne la verra jamais. Figure planante qui ne se révèle que dans la figure de l’homme qu’elle domine.

Et la musique dans tout cela ? Et bien elle est à la fois l’expression musicale des sentiments de Nioukhine, mais à l’inverse le monologue de ce dernier pourrait être l’expression langagière des morceaux joués sur scène… Tout commence par les quatre mouvements de la Sonate en si mineur BW1014 pour violon et piano de Bach qui par son ton nostalgique annonce déjà les divergences que Nioukhine va imposer à son thème de départ, annonce la plongée dans une intériorité qui ne serait pas celle d’une conférence. La deuxième Partita en do mineur de Bach fermera quant à elle le spectacle d’une manière inattendue et dure<. A la manière de la vie de Nioukhine la pièce est encerclée, elle par deux compositions de Bach, lui par sa femme et son pensionnat. Et au milieu de tout cela… La Sequenza VIII de Berio qui arrive comme un cauchemar, expression du désespoir et de la colère du personnage, l’expressivité du seul violon est édifiante, de même que l’immobilité du personnage dont les émotions sont ainsi dévoilées. Enfin le passage chanté de La Romance (op.47 n°1) de Tchaïkovski révèle le personnage effacé de cette tourneuse de pages, comme si cette dernière voulait offrir la voix et la force que le personnage de Tchekhov n’a plus, ou a perdu, usé par l’absurdité de sa condition. 

Visuel (c) : images du spectacle – théâtre des bouffes du nord

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