Théâtre

« L’écume des jours » : un hommage passionné à Boris Vian

« L’écume des jours » : un hommage passionné à Boris Vian

07 juin 2019 | PAR Magali Sautreuil

Inspirée du roman et des chansons de Boris Vian, cette pièce musicale est née de la passion que nourrit Claudie Russo-Pelosi, la metteuse en scène, pour cet auteur, dont elle a eu la chance de visiter l’appartement. Imprégnée par l’âme de l’écrivain, elle a voulu lui rendre hommage pour célébrer son centenaire en 2020, avec sa compagnie Les joues rouges, en adaptant son célèbre roman L’écume des jours.

Arpentant son appartement de long en large, Boris Vian en personne cherche l’inspiration. C’est alors que lui vient l’idée surréaliste d’écrire une histoire vraie, qu’il aura entièrement imaginée. Alors qu’il rédige les premières lignes de son roman, un monde étrange et merveilleux, parfois déroutant, se dessine. L’auteur disparaît alors, afin de laisser ses personnages vivre leurs propres aventures. Assis dans un coin de la scène, derrière son bureau, Boris Vian observe son œuvre en train de s’écrire. Quand l’histoire s’enlise, il se permet quelques interventions, afin d’encourager ses protagonistes à aller de l’avant… Il demeure cependant extérieur au drame qui se joue, tout comme la pianiste derrière son piano-cocktail, une invention fantaisiste de l’écrivain, qui permet d’harmoniser les cocktails selon les mélodies interprétées au piano.

Si la fantaisie est omniprésente dans cette histoire tragique, son héros semble, quant à lui, tout à fait normal. Colin est un jeune homme insouciant et enthousiaste, qui « possède une fortune suffisante pour vivre convenablement sans travailler pour les autres ». Sa vie basculera le jour où il devra s’abaisser au rang de machine, où il n’aura nul autre choix que de trouver un emploi pour sauver Chloé, l’amour de sa vie, atteinte de tuberculose. Face à la maladie et à la mort inéluctable qui détruit tout sur son passage, leur bonheur leur paraît soudain éphémère et fragile, étouffé par le nénuphar qui grandit dans les poumons de Chloé, dont le nom provient de la chanson de Duke Ellington intitulée Chloé – Song of the Swamp. Sachant que les nénuphars poussent dans les marais, il n’est guère étonnant qu’il soit la cause de sa mort.

La dégradation de l’état de santé de Chloé a de graves répercussions sur son environnement, savamment orchestrées par la mise en scène, même si quelques réglages lumière doivent être ajustés. Reflet de l’état d’âme des personnages, il se dégrade lentement et inexorablement au fur et à mesure de la progression de la maladie… Le cuisinier de Colin, Nicolas, vieillit précocement. Ses cheveux deviennent poivre et sel. Sa tenue est plus négligée. Les rayons du soleil peinent à atteindre l’appartement de Colin, autrefois si lumineux. Une lumière bleutée envahit l’espace. L’humidité et l’odeur de cave décrits dans le roman auraient pu être mieux exploités dans la mise en scène, afin de susciter tous les sens du spectateur…

Il n’est cependant guère aisé d’adapter un roman aussi loufoque et inclassable que L’écume des jours de Boris Vian. Toutefois, cette jeune compagnie a réussi à en saisir l’esprit, s’autorisant même quelques fantaisies comme un rap médical.

Elle a aussi su mettre parfaitement en scène la passion dévorante et inconditionnelle de Chick, double inversé de Colin et meilleur ami, pour Jean-Sol Partre, l’avatar de Jean-Paul Sartre, que Boris Vian ne portait guère dans son cœur et que le monologue J’suis excessivement snob doit assez bien retranscrire l’opinion qu’il en avait. L’adoration qu’il a pour Partre conduira son couple à sa perte. La folie meurtrière d’Alise, baignée d’une lumière rouge sang, est bien pensée, même si la chorégraphie mériterait d’être plus aboutie…

Malgré quelques défauts, L’écume des jours de Boris Vian, adaptée et mise en scène par Claudie Russo-Pelosi, interprétée par la compagnie Les joues rouges, est promise à un bel avenir et s’enrichira sûrement au fil des représentations !

L’écume des jours, de Boris Vian, adaptée et mise en scène par Claudie Russo-Pelosi, interprétée par la compagnie Les joues rouges, présentée le 18 octobre 2019 au théâtre de la Mare au Diable, à Palaiseau, puis du 23 janvier au 29 mars 2020, à la Folie Théâtre, à Paris. Durée : 1 h 20.

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Visuels : Affiche de la compagnie et photos de Magali Sautreuil.

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