Théâtre
Le monde invisible des techniciens de surface s’invite au Théâtre 14, édifiant.

Le monde invisible des techniciens de surface s’invite au Théâtre 14, édifiant.

04 mars 2020 | PAR David Rofé-Sarfati

Louise Vignaud met en scène au Théâtre 14 un texte journalistique de Florence Aubenas. Le geste est périlleux, il aura  passionné le public cueilli par la délicatesse de la mise en scène et magnétisé par la performance de la comédienne : Magali Bonat.

 

Florence Aubenas fut grand reporter principalement à Libération. On se souvient d’elle otage de djihadistes islamistes en Irak durant plusieurs mois en 2005, puis libérée sous la présidence de Jacques Chirac après le versement d’une rançon de dix millions. En 2009, elle prend un congé sabbatique et s’installe à Caen, là où personne ne la connaît. Elle se fait recruter, auprès de travailleurs précaires  et mène l’enquête anonymement auprès de ses ouvriers sans visage qui nettoient les bateaux en transit dans le port. En 2010 est publié Le Quai de Ouiestram qui raconte son expérience immersive.

Le texte, témoignage de l’intérieur n’est pas littéraire; il n’est pas un texte de théâtre. La langue d’Aubenas est sans scories hiératiques, sans fioritures. Elle se choisit direct sans médiation. Louise Vignaud se saisit de ce texte et sa scénographie épouse le biais. Le décor se résume à une chaise pliante et un tableau sur pieds d’entreprise. Si le temps est figé par la plume de Aubenas, la pièce de Vignaud l’imite en fabriquant une photographie instantanée. La comédienne Magali Bonat, merveilleuse et sûre de sa force se retire derrière le texte. Nous voyons tout : la voiture, le bateau les collègues, directement au travers de ses yeux même.  

Les premiers mots sont jetés dans le noir; une voix off nous explique l’argument du livre. L’incipit pose l’intention du texte. Désormais rien ne sera traversé par une intention mais constitué par une description des faits sans sentiments, sans émotions. Seulement un mode de survie où il faut décrocher le job, trouver une voiture car les horaires interdissent les transports en communs, soigner son travail, respecter les feuilles de missions, ne pas s’offusquer que les hommes sont dédiés aux travaux nobles tandis que les femmes sons abonnées au sanit (les toilettes), se confronter à la déconsidération des autres salariés, chronométrer ses pauses pipi, en un mot besogner vite et bien sans oublier le but pathétique et triste : atteindre la titularisation, obtenir un CDI qui éloignera le pire, le retour au chômage.

La pièce est hautement politique car elle nous confronte à une réalité rude,  sans combine, sans emphase ou apitoiement. Elle nous offre l’occasion de découvrir les invisibles.  Bouleversant. Louise Vignaud, fine lame du théâtre contemporain, confirme une fois de plus l’intelligence de sa lecture et son gout pour un geste généreux mais sans fatuité.  Sans arrogance elle colle au texte pour en extraire la puissance. 

 

 

 

Le Quai de Ouiestram

texte de Florence Aubenas

mise en scène Louise Vignaud

Theatre 14

20 avenue Marc Sangnier

75014 Paris

du 3 au 14 mars 2020
Relâches les 8 et 9 mars

Durée 1H10

Crédit Photos  : Rémi Blasquez

Infos pratiques

Les Rires du Monde de Saint Denis
Musée de l’Histoire Urbaine et Sociale de Suresnes
Camille Hispard

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