Théâtre

« Le jeu du Chat et de la Souris » du Hongrois Istvan Orkeny au Théâtre de l’Épée de Bois

« Le jeu du Chat et de la Souris » du Hongrois Istvan Orkeny au Théâtre de l’Épée de Bois

27 octobre 2016 | PAR David Rofé-Sarfati

Deux sœurs largement sexagénaires; deux conceptions opposées de la vie et deux parcours contraires. Des échanges tendres et rudes qui nous parlent d’âge avancé et de passion, de solitude et d’amitié, de déracinement et d’enracinement, Une pièce du hongrois Istvan Örkény qui nous parle de la vie avec humour, avec le même humour de la mort aussi.  Attendrissant, élégant et enthousiasmant.

[rating=4]

Une vidéo puis une photo de deux fillettes gambadant heureuses dans les champs; sur scène sous un plaid rouge deux jeunes filles se chamaillent, jouent à la bagarre comme jouent les enfants. L’introduction rapide de la pièce sera dans cette figuration universelle presque banale en cela que la vie est simple voire simpliste lorsqu’elle est saisie dans nos souvenirs d’enfance nostalgiques autant que fallacieux; et, après cette intro,  ce bonheur et cette harmonie que seule la jeunesse armée d’insouciance garantit vont laisser place, plus de cinquante ans plus tard au spectacle émouvant d’un amour pour la vie d’autant féroce que bientôt la maladie et la vieillesse viendront triompher de ce que la guerre n’aura réussi à prendre.

Le banal redevient à l’épreuve de cette réalité une leçon de vie et l’intrigue qui nous parait si simple, une femme vole à son amie son amant, quittera l’ordinaire pour devenir une promesse d’avenir et une cause partisane pour un crypto-jeunisme éclairé, pour une vie qui ne doit jamais cesser d’être honorée.

Hors champ résonne la dislocation de l’Europe sous la vague du projet nazi et en filigrane la difficile sauvegarde de l’harmonie entre deux sœurs que tout oppose, sauf justement ce destin commun de devoir survivre à cette vague et au départ du père dont on se disputera l’amour et son souvenir jusqu’au bout.

L’adaptation de Fabienne Gozlan parcourt tout cela avec retentissement, dans une scénographie remarquable de beauté et d’équilibre; la symétrie des cœurs qui battent et des deux comédiennes Jeanne-Marie Garcia et Sophie Pincemaille, pleines d’humanité,  nous emportent autour et vers ce puits obscur duquel toutes les querelles d’enfants escamotent la brèche; duquel la jalousie qui circule entre les êtres créant un lien paradoxalement si solide cherche à tromper le vertige.

Devant ce vague à l’âme,  il nous reste le rire que le texte de Istvan Örkény invente et que la pièce, en cela elle touche au but et elle est une pièce à ne pas rater, restitue au plus prés.

 

Auteur Istvan Örkény
Mise en scène Fabienne Gozlan
Avec Jeanne-Marie Garcia
Sophie Pincemaille
Fabienne Gozlan
Paruyr Shahazizian (violoncelle et jeu)
Musique Antonin Rey
Lumières Simon Desplébin
Chorégraphie Sophie Mayer
Vidéo Valentin Lagard
Décor Aurélie Breteaux

Infos pratiques

Association Arsène
Studio Théâtre (STS)
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