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 La souricière » et les trois petits cochons… au théâtre de la Pépinière jusqu’au 31 janvier 2020

 La souricière » et les trois petits cochons… au théâtre de la Pépinière jusqu’au 31 janvier 2020

27 septembre 2019 | PAR Magali Sautreuil

Écrite en 1947 par Agatha Christie et adaptée pour la première fois au théâtre en 1952, La souricière est une des pièces les plus jouées au monde, avec plus de 27000 représentations. Un classique revisité avec succès par Pierre-Alain Leleu et Ladislas Chollat en un spectacle tout public et familial, à l’humour subtil. À découvrir au théâtre de la Pépinière à Paris jusqu’au 31 janvier 2020.  

La Souricière est inspirée d’un fait divers survenu en 1945, celui de la mort de Denis O’Neill, un jeune homme qui séjournait chez une famille d’accueil, dans une ferme du Shropshire. Comme dans tous les romans d’Agatha Christie, le coupable ne pourra être démasqué qu’au terme d’une longue investigation psychologique de la victime et de son entourage. Celle-ci est rendue possible par le resserrement de l’intrigue dans un lieu précis, limitant ainsi le nombre de suspects potentiels. Selon la romancière, toute personne, quel que soit son statut peut un jour devenir un criminel, ce qui place tous les personnages de ses histoires sur un pied d’égalité et maintient le spectateur en haleine. 

Nous sommes en 1950, dans la banlieue de Londres, à 50 kilomètres de la capitale anglaise, dans le grand hall du manoir de Monkswell. Le jeune couple qui vient de racheter la bâtisse est en pleine effervescence. Mollie et Gilles Ratson s’apprêtent à accueillir les premiers clients de leur pension de famille. Malheureusement pour eux, le sort semble s’acharner contre ces deux novices de l’hôtellerie…

En effet, on apprend par la radio, entre deux morceaux de musique, qu’une certaine Maureen Lyon, de son vrai nom Mme Stanning, a été étranglée dans Culver Street et que son assassin est toujours en cavale. En plus, leurs premiers pensionnaires ont tous une forte personnalité et sont « soit désagréables, soit bizarres ». Christopher Wren, qui partage le nom d’un célèbre architecte, est à la fois excentrique, cynique et hyperactif. Il « aime tout savoir sur les gens, qu’il trouve tous intéressants car on ne sait jamais à quoi ils pensent. » Mme Boyle, ancienne magistrate à moitié sourde, est une vieille fille aigrie et odieuse à la critique facile. Miss Casewell est une femme solitaire à l’apparence masculine. Elle est très factuelle et au fait de l’actualité. Son visage ne laisse transparaître aucune émotion. M. Paravicini est un homme mystérieux au drôle d’accent russe, dont la voiture est tombée en panne non loin du manoir. Une arrivée pour le moins inattendue et quelque peu angoissant au vue des circonstances. Heureusement, à l’inverse des autres, le major Metcalf, dont le kilt suggère une origine écossaise, est plutôt d’un naturel jovial.

Très vite, tout ce petit monde se retrouve bloqués par une tempête de neige. À travers la grande baie ornée d’une paire de double rideau, qui sépare l’avant-scène de l’arrière-scène, on aperçoit un paysage enneigé, sur lequel tombe en continu de la fausse neige, ainsi qu’un sapin de Noël, qui laisse à penser que l’histoire se déroule au moment des fêtes de fin d’année.  Drôle de cadeau ! Sans aucun moyen de communication avec l’extérieur, voilà tous les occupants du manoir pris au piège dans une véritable souricière !

Tout se passe plutôt bien jusqu’à ce que l’un deux soit assassiné. Un élément perturbateur, qui met fin au paisible séjour des pensionnaires. Cet événement est extrêmement bien orchestré, avec une succession de lumières et de noirs, qui donne à voir les personnages dans différentes attitudes, tels les tableaux et les statues de cire du musée de Madame Tussaud à Londres. Cette mise en scène traduit parfaitement le sentiment de stupéfaction des divers protagonistes, sans oublier qu’ils ont tous, sans exception, quelque chose à cacher et que, petit à petit, des traumatismes d’un lointain passé qu’ils souhaitaient oublier refont surface. Reste à savoir si le sergent Trotter, un policier venu à la rescousse des propriétaires et pensionnaires de l’hôtel en ski, pourra résoudre l’affaire à temps, avant qu’un autre meurtre ne soit commis…

Si le ton peut vous paraître un peu solennel et l’histoire tragique, sachez qu’en réalité la pièce est plutôt amusante. Tout en respectant le fil de l’intrigue, Pierre-Alain Leleu a en effet souhaité adapter ce classique en faisant ressortir l’humour, un humour plutôt noir, typiquement anglais. Renforçant le côté décalé de la pièce, il a également imaginé quelques interludes musicaux plutôt enlevés, qui rappellent les comédies musicales. Cette impression est renforcée par la présence du panneau lumineux à droite de la scène qui fait à la fois figure d’enseigne pour le manoir et qui ressemble à s’y méprendre à celle des comédies musicales qui fleurissent sur Broadway Avenue. La présence de cette enseigne, ainsi que les quelques allusions discrètes au fait que l’histoire est une œuvre de fiction écrite par Agatha Christie, crée une sorte de mise en abîme et donne au spectateur le sentiment qu’il assiste bel et bien à une représentation théâtrale et non à une histoire « vraie », même si tout a été pensé pour retranscrire l’ambiance d’un manoir anglais des années 1950.

Les éléments de décor et les vêtements témoignent en effet de cette époque : vieux transistor, tête de cerf empaillée, portrait peint des aïeuls, fauteuil en cuir, mobilier en bois (bureau, desserte, bar-mappemonde, guéridon), miroir pour voir sa mise avant de sortir, cheminée dont la flamme vacillante de l’âtre est retranscrite par l’éclairage, jupe à la taille marquée et costumes trois pièces en tweed… Un cadre traditionnel typiquement anglais, où tout semble conforme à l’image que l’on peut en avoir. L’illusion est parfaite et favorise notre immersion dans l’histoire.

À l’issue de la représentation, vous devrez vous engager à ne pas divulguer les ressorts de la pièce, afin, d’une part, de ne pas gâcher son suspense, conformément au souhait d’Agatha Christie de ne voir les fils de ses intrigues révélés au grand jour, selon les dires de son petit-fils Mattew Pritchard et, d’autre part, de lui assurer le même succès qu’en Angleterre, où La Souricière jouit d’une incroyable longévité. Petit conseil : Ne lisez pas le livre avant d’avoir vu le spectacle pour ne pas vous gâcher la surprise. Bonne représentation !

La souricière, d’après un roman policier d’Agatha Christie, adaptée au théâtre par Pierre-Alain Leleu, mise en scène par Ladislas Chollat, présentée du 10 septembre 2019 au 31 janvier 2020, du mardi au samedi à 21h et les dimanches à 15 h 30, au théâtre de la Pépinière, à Paris. Durée : 1 h 40.

Visuel : Affiche officielle.

Infos pratiques

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Théâtre 13 / Jardin
David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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