Théâtre

« La Nuit du Geste » au Théâtre Victor Hugo : de l’apéro au premier métro !

« La Nuit du Geste » au Théâtre Victor Hugo : de l’apéro au premier métro !

11 novembre 2017 | PAR Simon Gerard

De l’apéro du 10 au premier métro du 11 novembre s’est tenue la Nuit du Geste — grand et chaleureux événement inaugurant en fanfare la deuxième Biennale des Arts du Mime et du Geste. C’était l’occasion de découvrir, au Théâtre Victor Hugo de Bagneux, la richesse et le potentiel d’un genre artistique au final peu connu — mais qui gagne pour autant à l’être.

Le regretté Dario Fo aurait apprécié l’initiative d’une telle Biennale, lui qui, dans Le Gai savoir de l’acteur, pestait contre le peu de considération dont souffrait le geste dans le jeu des comédiens : « […] nous ne nous rendons pas compte de nos gestes. Nous parlons, nous sommes attentifs à la prononciation, à la place d’un gérondif, à l’usage de l’adverbe, […] nous sommes horrifiés par les solécismes – “ Oh ! bonne mère, quel homme des cavernes je fais ! J’ai confondu le sujet avec le complément “. Mais nous ne nous soucions pas des gestes qui accompagnent la parole. […] C’est que nous pensons toujours que le geste et la gestuelle sont la garniture, la salade, tandis que le plat de résistance, la viande, ce sont les phrases. » Plus que jamais, la Nuit du Geste prouve que le geste à lui seul peut constituer un plat artistique consistant, solide et revigorant.

Au programme, des dizaines de troupes, compagnies et théâtres, pour des dizaines de formats courts d’une infinie variété thématique et stylistique : il y a le clown, évidemment, le comique plus généralement, mais aussi des formes proches de la danse, et d’autres complètement inclassables ; il y a la relation amoureuse et ses éternels schémas cycliques, mais aussi les scènes de la vie quotidienne, dont il est si passionnant d’analyser la « mise en scène » — comme l’aurait fait un Erving Goffman, par exemple. Le genre artistique du geste a ses thèmes récurrents autant que ses traditions, ses objets fétiches autant que ses morceaux de bravoure : tout en s’en libérant, on n’est jamais bien loin du théâtre originel, du Nô japonais, du Mahabharata. L’ombre de Marceau et de Lecoq, maîtres français en la matière, rôdent également dans les couloirs du Théâtre Victor Hugo. Le théâtre de geste a une histoire passionnante et logiquement moins connue que le théâtre classique ; car le geste se regarde, il ne se lit pas. Sa transmission est physique.

Pas étonnant donc qu’en dehors de la scène, l’événement que constitue La Nuit du Geste soit également dynamique et riche en surprises. Des comédiens circulent parmi la foule pour délivrer l’espace d’un instant un aperçu de l’infini éventail de styles dont leur famille artistique est dotée. Pendant les entractes, des micro-événements sont disséminés partout dans le théâtre, de l’extérieur au bar… en passant par les bureaux derrière la billetterie ! Il en résulte un événement accessible à tout âge, où l’inattendu fait partie intégrante de la nuit — et de la suite de la Biennale, dont le programme foisonnant est accessible ici.

 

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Simon Gerard

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