Théâtre

« La Mouette » survolée par Thibault Perrenoud

« La Mouette » survolée par Thibault Perrenoud

08 mars 2017 | PAR Simon Gerard

Thibault Perrenoud et le collectif Kobalt investissent le Théâtre de la Bastille du 6 mars au 1er avril avec une Mouette assez plaisante bien que quelque peu anecdotique. La disposition scénique et la traduction modernisée de la pièce de Tchekhov permettent de passer un bon moment sans trop s’ennuyer ; mais l’on sait Perrenoud et sa troupe capables de mieux.

Il faut prendre acte du beau travail de traduction opéré par Clément Camar-Mercier à la demande de Thibault Perrenoud. La langue modernisée, débarrassée de ses lourdeurs, permet de rappeler la dimension universelle de la Mouette au spectateur, tout en faisant profiter celui-ci d’un texte sur mesure, drôle et actuel. Côté mise en scène, Perrenoud propose un travail scénique aux allures de fête entre amis complices, sur un plateau quadrifrontal à plusieurs entrées offrant au public un espace semblable à une joyeuse arène. La pièce commence fort avec un premier acte survolté, drôle et mythique dans lequel Constant joue devant ses proches la pièce-manifeste prétendant révolutionner les formes théâtrales classiques. On rit de bon cœur devant l’ingéniosité et l’ésotérisme comique de cette pièce dans la pièce, qui constitue toujours pour les metteurs en scène actuels un défouloir théâtral autorisant une débauche de clichés sur le théâtre contemporain.

On retiendra également de cette Mouette l’excellente scène d’oisiveté estivale ouvrant en beauté le second acte de la pièce. Macha bronze en sirotant son rosé, Simon surveille les brochettes de poivrons au barbecue, Arkadina se prélasse sur sa serviette en arborant un maillot une pièce élégant pendant que le docteur ami de famille et le vieil oncle épicurien exhibent leurs corps vieillis et mouillés en slip de nylon. C’est un après-midi estival typique, imprégné d’un langoureux sentiment d’ennui qui catalyse les préoccupations individuelles de chacun et précipite les scènes de ménage familiales.

Ce morceau de bravoure scénique dans lequel l’espace, le jeu, les objets et les effets sont parfaitement maîtrisés, révèle en négatif les apories dont souffre généralement le reste de la pièce : on ne retrouvera que très rarement cette occupation totale et jouissive du plateau. Paradoxalement, les grands dialogues et monologues parlent moins aux spectateurs que les longs silences qui ponctuent régulièrement la mise en scène ; la faute à une caractérisation parfois fade et entendue des personnages. Pour ce qui est des thèmes et motifs principaux, Perrenoud semble parfois les survoler sans trop de conviction ; en témoigne le symbole de la mouette abattue et empaillée qui, pourtant central, est traité de manière assez anecdotique et peu convaincante — l’animal étant relégué en coin de plateau sur une étagère en hauteur. Mais laissons de côté cette mise en scène ; de Perrenoud, remémorons-nous le Misanthrope de 2014 qui avait eu le mérite de proposer une forme théâtrale décomplexée, actuelle et extrêmement drôle, sans s’essouffler une seule seconde.

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