Théâtre
« La mort de Danton », François Orsoni met la Révolution à table, à la MC93

« La mort de Danton », François Orsoni met la Révolution à table, à la MC93

11 octobre 2016 | PAR Yaël Hirsch

Après quelques représentations inaugurales en Corse, la mise en scène par François Orsoni de la pièce de Georg Büchner, La Mort de Danton se donne jusqu’au 23 octobre dans la salle Pablo Neruda de la MC93 de Bobigny. Prenant au mot Michelet quand il décrivait que « le grand rêve de Danton, c’était une table immense où la France réconciliée serait assise pour rompre, sans distinction de classe, ni de parti, le pain de la fraternité« , le metteur en scène modernise inutilement la pièce, disperse ses voix et se perd peut-être dans la richesse de la pièce en affaissant sa structure. Mais le texte reste, sublime.

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Attention, pas de retardataires. En allant voir la mort de Danton à la MC93, nous sommes carrément conviés à la grande table de la révolution et on y reste les 2 heures de rapide débit de la pièce de Büchner. La première impression est puissante et la longue table de bois où accessoires et perruques sont posées saisit. C’est donc très attentif qu’on s’engage à écouter les mots si perçants de la pièce : Danton, le matérialiste, le jouisseur, est au bordel, il est las de la guillotine, du sang de la révolution, il a envie de jeter l’éponge. Et il le fait, au péril de sa vie puisqu’en période de Révolution, les tièdes sont coupables. Trahi par Robespierre, lacéré par Saint-Just, il est jugé devant le tribunal révolutionnaire… Le dénouement de la pièce est dans le titre, c’est ailleurs que se joue la tragédie, dans la conviction pour ce Danton allemand de 1835 qu’il n’est qu’un pantin de l’Histoire. A la fois très juste sur l’importance du verbe français et sur la loi de la Terreur qui marque l’échec de deux révolutions, Büchner est aussi très hégélien dans cette première pièce époustouflante.

Malheureusement, si la table est belle, les vêtements amples et la lumière tamisée pour laisser fuser le texte, les acteurs nous tournent le dos trop souvent et l’espace est trop large pour qu’on les entende bien. Certains cherchent encore leurs mots, et une seule femme (excellente Jenna Thiam) pour jouer la plaisir de Julie, la folie de Lucille et toutes les allégories, c’est un peu difficile à suivre. Certaines modernisations sont inutiles : les insertions de textes de Houellebecq ou de Michon, parler d’expo d’art contemporain à New-York lors du passage sur la création ne nous rend pas le texte plus familier. De même,  les accents québécois et allemands n’allègent pas le propos politique de la première partie et une version « frère jacques » de la Marseillaise à la guitare incantée à la manière de Léo Ferré par l’acteur qui joue Robespierre crée un certain malaise. Surtout la structure incisive de la pièce est noyée dans une utilisation assez aléatoire de la lumière et le message s’étale trop tout au long de cette grande table pour garder tous les spectateurs au banquet de l’Histoire. On décroche parfois et on s’en veut, car l’on sait l’intensité du texte de Büchner.

La mort de Danton, de Georg Büchner, mise en scène François Orsoni, avec Brice Borg, Jean-Louis Coulloc’h, Mathieu Genet, Thomas Landbo, Yannick Landrein, Jenna Thiam. Production Théâtre de NéNéKa. Durée du spectacle : 2h
visuel : affiche / photo officielle.

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