Théâtre
La cuisine d’Elvis ? On en reprendrait bien un morceau !

La cuisine d’Elvis ? On en reprendrait bien un morceau !

26 novembre 2016 | PAR Marianne Fougere

Dans cette pièce créée à la Comédie de Saint-Etienne, Pierre Maillet met les petits plats dans les grands. Prenant véritablement au sérieux le moindre fragment du texte, le cofondateur du collectif Les Lucioles évite le piège du réalisme, aussi social soit-il, sans rien céder à la facilité de la parodie.

 

La vie, ce n’est de la tarte pour personne: que l’on soit Kate Moss ou ce type, vous savez, qui passe à la télé, que l’on soit une ado ronde à problèmes ou une mère de famille anorexique, que l’on soit un légume ou un jeune chien fou, tous sans exception nous luttons pour nous sentir vivre et tenter de trouver de quoi nous remplir.

Banale et pourtant profondément chaotique, la morale de la comédie sociale du britannique Lee Hall est à l’image de la maisonnée dont elle dresse le portrait. Plongée au sein d’une famille ordinaire, et pourtant si singulière, La cuisine d’Elvis est une pièce dans laquelle se heurtent maladroitement les uns aux autres quatre personnages et où se côtoient le réalisme tragi-comique du quotidien et l’onirisme d’un univers tout en gourmandise.

Depuis l’accident de voiture de Dad, Jill (renversante Cécile Bournay!) s’est découverte une passion pour l’art culinaire, convaincue que l’odeur d’un ragoût, les épices d’un plat africain ou un simple bout de pain parviendront, un jour ou l’autre, à raviver chez son infirme de père la flamme qui l’animait lorsqu’il se produisait en tant que sosie d’Elvis. Ce jour béni des dieux de la cuisine, sa mère n’a pas la patience de l’attendre. « 38 ans et déjà à la casse », il lui faut agir vite : danser, boire et baiser de tout son saoul pour se sentir vivante. Stuart, superviseur un pâtisserie un peu benêt, sera cette friandise et plus si affinités puisque, une fois introduit dans le cercle familial, il fera suffisamment preuve d’abnégation et de naïveté pour baiser la mère, culbuter la fille et … branler le père!

« Too much », La cuisine d’Elvis l’est certainement. Mais toute la saveur de l’adaptation concoctée par Pierre Maillet  réside dans un savant cocktail de styles et de registres. Véritable King du dérapage maîtrisé, Maillet retranscrit avec finesse et tendresse cette surenchère sans jamais verser dans la vulgarité. Grâce aux interludes musicaux qu’il interprète lui-même, et qui sont autant de rêveries de l’infirme, il rompe le vérisme de la mise en scène – petit conseil : ne venez pas le ventre vide voir la pièce…! – et évite ainsi le piège du réalisme. La brigade de comédiens qui l’entoure participe à transformé ce bonbon sucré-salé en un met succulent. Bref, de la cuisine 4 étoiles !

Visuel: © Sonia Barcet

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