Théâtre
« Kunti Karna » : la scène contemporaine indienne s’invite au Théâtre du Soleil

« Kunti Karna » : la scène contemporaine indienne s’invite au Théâtre du Soleil

29 avril 2017 | PAR Simon Gerard

Du 21 avril au 4 juin, le Théâtre du Soleil accueille en résidence le Théâtre Indianostrum, qui propose au public trois pièces contemporaines en tamoul (surtitrées en français) mises en scène par Koumarane Valavane. La première, Kunti Karna, puise autant dans les motifs universels de l’orgueil, de l’abandon et de la haine, que dans des traditions théâtrales ancestrales trop peu représentées en France. Kunti Karna est un geste théâtral oscillant entre simplicité et virtuosité, entre héritage et actualité.

 

On devine avec Kunti Karna à quel point la scène contemporaine indienne, sans tomber dans l’écueil poussiéreux d’un théâtre que l’on pourrait qualifier d’anthropologique, puise ses forces et sa singularité dans les fondements ancestraux sur lesquels il repose. La tradition théâtrale millénaire indienne, loin d’écraser la création actuelle, porte et élève ses fiers héritiers.

L’intrigue, inspirée du Mahabharata, est simple et n’est pas sans rappeler les grands motifs de la mythologie grecque : Karna est le fils abandonné de Kunti, jeune princesse indienne, qu’elle a conçu hors mariage. Hanté à la fois par le vide maternel et le regret de ne pas pouvoir intégrer la caste guerrière des Kshatriya, l’orgueilleux Karna décide de combattre le célèbre guerrier Arjuna — qu’il ignore être le fils reconnu de Kunti.

Partant de cette trame, la troupe compose une partition théâtrale millimétrée dans laquelle tous les mouvements corporels, regards et déplacements, aussi simples soient-ils en apparence, sont imprégnés d’une incroyable énergie et appliqués avec une extrême précision : le corps des acteurs agit sur scène selon une logique inverse à l’attitude du corps dans la vie. Sur scène, les acteurs sont des sémaphores, voués corps et âme à délivrer du sens à leur public, au delà même de la barrière du langage. Il n’y a qu’à voir la scène du cauchemar apocalyptique de Karna : le récit fulgurant et poétique du protagoniste est accompagné par les étranges torsions du corps de l’acteur qui l’incarne. Les mots et les gestes s’allient pour livrer au public les blessures béantes de son inconscient.

La simplicité du geste laisse parfois place à la virtuosité pure : en témoignent d’impressionnantes démonstrations de Kalaripayatt, art martial et acrobatique indien, à l’occasion desquelles les corps tendus des acteurs révèlent toute leur beauté surnaturelle, que ce soit en équilibre le long de draps suspendus ou au sommet de poteaux en bois.

Mais la beauté ne suffit pas, et Koumarane Valavane ne se contente pas de faire de Kunti Karna une démonstration de maîtrise de la narration par les corps. Trois chants salvateurs accompagnent les dernières scènes de la représentation, à l’issue desquelles Karna meurt au combat sous le fer de son frère. La pensée délivrée est simple, mais relativement peu diffusée en Occident : vivre et mourir sont deux vocables qui ne signifient rien dans la mesure où l’Esprit est intemporel et éternel ; l’idée de vengeance n’a alors aucune pertinence. Avec un tel message, Kunti Karna inaugure en paix et en beauté la résidence du théâtre Indianostrum au Théâtre du Soleil.

 

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One thought on “« Kunti Karna » : la scène contemporaine indienne s’invite au Théâtre du Soleil”

Commentaire(s)

  • Bernard Catherine

    Bel article, mérité. On a vu Terre dec cendres le we dernier, pareil très beau, très prenant, de l emotion . Nouvelle mise en scène, très réussie.

    mai 24, 2017 at 23 h 01 min

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