Théâtre

Justine Wojtyniak nous bouleverse avec « Notre Classe » de Tadeusz Slobodzianek

Justine Wojtyniak nous bouleverse avec « Notre Classe » de Tadeusz Slobodzianek

14 mars 2019 | PAR David Rofé-Sarfati

Notre classe, le roman de Tadeusz Slobodzianek est une histoire en 14 leçons qui relate la vie de dix camarades de classe, juifs et catholiques de 1929 à 2003. Une histoire inter-humaine au sein du vingtième siècle de la catastrophe.  En point d’orge le massacre des Juifs par leur voisins.

Quatorze leçons pour une histoire, la petite histoire de la vie de dix camarades de classe, juifs et catholiques, de 1929 à 2003, des bancs d’école à nos jours au milieu de la grande histoire, celle de l’invasion nazi, des camps d’extermination, des pogroms. Ces dix grandissent, entrent dans la vie adulte ensemble, deviennent les acteurs et les témoins de la catastrophe. À travers l’histoire tragique du village polonais de Jedwabne où en 1941 1400 Juifs ont été massacrés par leurs voisins, enfermés et incinérés vivants dans une grange,  l’auteur témoigne de cette terrible compétence de l’homme à perpétrer le crime, à faire cohabiter l’amitié et le meurtre collectif. Sans juger ni comprendre, il veut attester de ces leçons d’histoire et de vie et en même temps que sa déposition se doit précise il se refuse toute sentence ou verdict. Car vouloir comprendre, sans doute serait déjà pardonner.

Fidèle au texte la mise en scène est inspirée de ces deux volontés, celle de rendre compte, celle de ne prendre jamais parti; témoigner sans juger. Un plateau nu entouré des loges, de costumes et d’instrument de musiques. Les comédiens ne quitteront pas ce huis clos durant deux heures de confessions, de témoignages face public, de chorégraphies et de chansons.

En Pologne explique Julie Wojtyniak lors de  la fête des morts les familles se réunissent dans des huit-clos pour raconter la vie des défunts. Dans sa pièce aussi elle ressuscite sans jugement comme on emprisonne sans jugement. Une deuxième punition nécessaire et vertueuse. Les comédiens parce qu’ils sont une belle troupe nous saisissent durant deux heures admirablement rythmée, et parce qu’ils ont du talent nous offrent la double expérience de l’identification aux victimes et de celle terrible mais inestimable aux bourreaux.

Il y a quelque chose de l’opéra dans ce chœur de dix comédiens et dans la succession des tableaux et des costumes. On en perçoit ce qui circule entre les personnages et qui nous envahit, un sentiment trouble de joie naïve cependant que pathétique de vivre, un sentiment de culpabilité; et aussi notre petitesse au monde, notre compromission à la mort qui nous étouffe. Au fond il y dans la pièce de Wojtyniak le tout de nos existences entre les pulsions de vie et  de mort, scandées par les ruptures de tableaux.

C’est une oeuvre précieuse qui aura su intriquer dans une profonde humanité le tragique et le réjouissant.

 

 

Théâtre Jean-Vilar à Suresnes (92), jusqu’au 15 mars inclus.

Durée: 2 h 10.

Crédit photo : Ania Winkler

Texte Tadeusz Slobodzianek
Traduit du polonais par Cécile Bocianowski
Les Éditions de l’Amandier

Mise en scène Justine Wojtyniak
Avec Dora : Zosia Sozanska,
Rachel puis Marianna : Julie Gozlan,
Zocha : Fanny Azema,
Jacob Katz : Serge Baudry,
Rysiek : Tristan Le Doze,
Menahem : Zohar Wexler,
Zygmunt : Georges Le Moal,
Heniek : Gerry Quévreux,
Abraham : Stefano Fogher,
Vladek : Claude Attia
Musique/Création originale : Stefano Fogher
Collaboration chorégraphique : Sylvie Tiratay
Création lumière : Hervé Gajean
Plasticienne textile : Manon Gignoux
Costumes et scénographie : Justine Wojtyniak
Production Cie Retour d’Ulysse et Cie Planches de Salut (Noves)
Coréalisation Théâtre Des Halles et Théâtre de l’Épée de Bois

 

Infos pratiques

La Cité internationale universitaire de Paris
Le Trabendo
Burnod-Sylvia

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