Théâtre

« J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne » : Lagarce dans une attente interminable

01 janvier 2018 | PAR Diane Royer

Le spectacle « J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne », une mise en scène de la pièce de Jean-Luc Lagarce, est joué au Théâtre du Nord-Ouest, Paris, jusqu’au 3 février 2018.

L’attente, c’est bien de cela dont il s’agit, et le spectateur n’est pas épargné. Rien ne fonctionne et, malgré le travail sans doute appliqué des comédiennes, leur jeu est plat, aucune vie ne s’en dégage. Un envoûtement pourtant, celui du premier instant, aurait pu et on l’aurait souhaité, perdurer. Le spectateur pénètre, par la scène, dans une petite salle défraîchie et pittoresque qui semble avoir été oubliée par le temps, comme un anachronisme expérimenté, comme la scène du petit bal perdu. Les comédiennes, elles, patientent sur scène. Elles attendent que les spectateurs aient trouvé leur place sur les fauteuils de velours bleu surannés.

C’est certainement à cet instant que le charme se rompt, que le temps s’allonge inexorablement. L’attente désespérée d’une action, du retour du frère absent depuis des années est merveilleusement transmise par les sœurs au public. Elle laisse place, lentement, à l’ennui prolongé. Cinq femmes, quatre sœurs et la Mère, attendent leur frère chassé par le Père de la maison familiale. La joie provoquée par le retour du frère prodigue se transforme en appréhension, maintenant que l’événement espéré s’est accompli.

Mettre en scène le texte de Lagarce, caractéristique par l’emploi fréquent de l’épanorthose, une figure de style littéraire qui tend à étayer une idée par sa répétition, était certes un choix osé. Le jeu des comédiennes semble avoir ignoré cette singularité, indifférent sinon gêné par celle-ci. Le public assiste alors à une récitation plate, dénuée de toute subtilité. Ce jeu enlève au texte toute sa profondeur. Hélas, aucun choix de mise en scène ne rattrape cette carence flagrante et fatale, sans doute dû à un manque de préparation. Tout le long de la pièce, l’espace scénique n’est pas exploité, les comédiennes demeurent statiques, ne parvenant pas à s’imposer, englouties par le texte, semble-t-il. Elles paraissent – même elles ! – ne plus supporter cette « attente » étouffante, comme si elles voulaient que cela se passe plus rapidement, souhaitant se débarrasser au plus vite de ce rôle dans lequel chacune paraît engoncée et mal-à-l’aise. À se demander si la scénographie épurée n’est pas seulement une négligence, une absence de choix.

L’œuvre de Jean-Luc Lagarce particulièrement mise à l’honneur ces dernières années, notamment depuis l’adaptation cinématographique Juste la fin du monde de Xavier Dolan sortie en 2016, aura, on l’espère, de meilleures mises en scène.

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4 réflexions au sujet de « « J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne » : Lagarce dans une attente interminable »

Commentaire(s)

  • Catherine D

    je suis complètement étonnée de cette appréciation de la pièce par Diane Royer.
    Je suis allée à la première avec des amis. Le texte est superbe mais bien sur il faut rentrer dedans er cela prend disons 5 mn. Je découvrais Jean Luc Lagarce et ça a été une révélation. La mise en scène est sobre et n’envahit pas ce beau texte qui est dense. Le placement sur la scène des 5 comédiennes, habillées de noir dans les costumes différents donnent à chacune sa place dans la famille. Le jeu est sobre et précis. En accord avec Jean Francois, un ressentit très positif; Mon conjoint ne l’ayant pas vu, j’y retourne avec lui, c’est dire que l’ennui n’était pas au RDV

    janvier 2, 2018 at 11 h 34 min
  • Michelle B.

    J’ai vu cette pièce plusieurs fois au Théâtre du Nord Ouest et en ai une analyse différente.

    Si les comédiennes ont su rendre au public l’attente étouffante à ne plus pouvoir la supporter, alors le pari est gagné. En effet, la parole traumatique est libérée après toutes les années d’absence du frère et mise en relief par l’emploi d’épanorthoses (figure de style qui semble n’avoir été comprise que partiellement et partialement dans cet article).

    Le temps s’est arrêté avec le départ du frère : les 5 femmes sont restées statiques dans leur vie et la mise en scène qui le met très bien en évidence ne peut être confondue dans une interprétation erronée avec un espace scénique inexploité.

    Le côté dépouillé et épuré de la mise en scène laisse le spectateur en tête à tête avec les émotions fortes jouées par les comédiennes qui lui permettent de grandir sa réflexion. J’ai donc été à chaque fois de plus en plus captivée : aujourd’hui le texte possède les comédiennes et on passe un réel bon moment à les voir.

    janvier 2, 2018 at 12 h 24 min
  • STEPHANIE GIRERD

    Un très beau texte, une mise en scène intelligente (sobre), 5 beaux rôles de femmes portés par 5 belles comédiennes. Que demander de plus? C’est si rare!

    janvier 10, 2018 at 19 h 14 min
  • REMY

    Dans votre critique je ne reconnais pas le spectacle que j’ai vu, un spectacle qui m’a littéralement enveloppé de l’atmosphère de l’attente. Celui que j’ai vu est très magnifiquement mis en scène par Magalie Claustres où les comédiennes survivent chacune à leur façon cet étrange enfermement familial. Une pièce à ne pas rater dans la salle du Nord Ouest que j’apprécie particulièrement.

    janvier 17, 2018 at 20 h 15 min

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