Théâtre
Iphis et Iante, le délicieux manifeste pro gay de Jean-Pierre Vincent au TGP

Iphis et Iante, le délicieux manifeste pro gay de Jean-Pierre Vincent au TGP

01 mai 2013 | PAR Amelie Blaustein Niddam


[rating=4]
C’est ce qui s’appelle avoir un coup de bol. Quand le metteur Jean-Pierre Vincent a pensé à déterrer une comédie oubliée depuis quatre siècles, il ne pouvait pas imaginer à quel point la triste actualité d’un déchaînement homophobe   ferait de son Iphis et Iante (1634) un manifeste très actuel.

Iphis aime Iante, ses parents veulent les marier, tout va bien en apparence au royaume d’Isis. Enfin… en apparence seulement… Pourquoi la mère d’Iphis rechigne, pourquoi Ergaste  trépigne ? Et bien…. parce que eux savent le secret des Dieux, celui qui fait croire aux yeux du monde que  Iphis est une fille alors que sa mère l’a déguisée en garçon pour échapper au courroux du père qui au moment de sa grossesse avait fait le vœux suivant :

« Je demande deux choses aux Dieux, l’une que vous accouchiez sans douleur, et l’autre que vous accouchiez d’un fils, parce que si vous avez une fille, c’est un fardeau que vous vous donnez. (….) Si vous accouchez donc d’une fille, faites la mourir en naissant…. »

Ces phrases ce sont les premières des Métamorphoses d’Ovide. En 1634, Isaac de Benserade est le très people protégé de Richelieu et il sera bientôt le concurrent direct de Molière.  Il écrit alors cette pièce qui sera un succès immédiat. Nous voici face à une comédie qui vient parodier un texte antique avec les codes de Molières et de Shakespeare  Transposée au XXIe siècle, Iphis et Iante change de sens, la fin pour nous n’est pas souhaitable, elle est évidente pour le XVIIe.Un mariage gay en 1634 … vous n’y pensez pas ! Tout ici est fait pour l’amusement. Le décor en carton-pâte symbolise le temple d’Isis, déesse de la fécondité. Elle (Catherine Épars) est Dalida réincarnée, robe pailletée et perruque bleu. En roulant les « r », elle vient en rêve donner ses conseils à Télétuze, la femme enceinte. Elle disparaît du royaume des mortels pour les laisser se démener. Eux sont bouffés par leurs histoires de cœur avec en première ligne nos amoureuses, brillantes Iphis (Suzanne Aubert) et Iante (Chloé Chaudoye) qui sont animées par un feu qu’elles ne comprennent pas.

Comme dans le théâtre de Molière, le rire vient du fait que le spectateur sait et qu’il se délecte de voir les personnages s’enfoncer. « Je me retrouve à la fin de mes ruses » dit Ergaste (Barthélémy Meridjen), le frère de la confidente  de la mère d’Iphis, fou amoureux d’Iphis qu’il sait fille mais qu’il ne connait que sous ses apparences de frêle garçon. II y a Mérinte (Mathilde Souchaud), la  sœur de Nise ( Antoine Amblard), le meilleur ami d’Ergaste, Elle brûle de passion pour… Ergaste. Et il y a les parents, eux, bons oligarques tranquilles.

Les comédiens s’amusent et nous amusent dans un jeu très ironique qui fait la part belle au second degré. Les yeux s’écarquillent, les mains viennent largement ponctuer une phrase à double sens. Tout cela est fait avec une merveilleuse distance particulièrement bien maîtrisée par Anne Guégan et Chloé Chaudoye.

Le texte n’est pas d’une folle écriture, on saisit vite pourquoi Isaac de Benserade n’est pas passé à la postérité, mais à nos oreilles actuelles, il devient délicieux  Les vers en rimes, bien allégés par Vincent deviennent audibles et on ne peut que se réjouir de phrases lancées comme « En faisant des enfants, vous ferez des miracles » ou  » Je suis fille, elle est fille et je dois l’épouser ! ». Le must d’actualité étant  Ergaste disant au père de Iante « On ne peut les marier » et la réponse « Il est fou ! »

Tout vient dire à quel point ce serait avoir la berlue que de ne pas voir l’amour qui embrase ces deux nanas. Iphis et Iante vient faire voler en éclat les apparences dans une étude avant l’heure des Gender’s studies. Un délice !

Du lundi au vendredi à 20h, le samedi à 18h30, le dimanche à 16h30. Relâche le mercredi.

Visuel : © Raphael Arnaud

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