Théâtre
[Interview] Colette Nucci: « le Théâtre 13 m’est tombé dessus sur un terrain de Volley! »

[Interview] Colette Nucci: « le Théâtre 13 m’est tombé dessus sur un terrain de Volley! »

27 février 2017 | PAR Marianne Fougere

Après un petit lifting, la salle historique du Théâtre 13 réouvre. Rencontre avec son énergique directrice, Colette Nucci, en ce week-end de grand dévoilement qui, malgré le temps magnifique, a attiré les foules.

Cela fait 18 ans que vous êtes directrice du Théâtre 13. Quelles sont les raisons et les circonstances qui vous ont fait rejoindre le navire ?
On m’y a menée ! J’ai pour habitude de dire que le Théâtre 13 et moi, nous avons bénéficié d’un superbe alignement des planètes : le Théâtre 13 m’est tombé dessus sur un terrain de Volley-Ball ! J’accompagnais mon père, alors Président de la Fédération Française de Volley, à un match au stade de Charlety. Là-bas, nous avons rencontré Jacques Toubon et son adjoint au Sport avec lequel j’ai plutôt sympathisé. On a parlé de choses et d’autres, dont le Théâtre 13 pour lequel il cherchait à remplacer la directrice. Bien que j’animais alors une troupe à Bougival, rien, et contrairement à ce qu’il semblait croire, ne me prédestinait à occuper une telle fonction. Ça n’a pas marché en 1997, puis en 1999 on est venu me chercher alors que pour moi c’était de l’histoire passée. Autant vous dire, que je suis allée aux entretiens sans aucune pression ! Je n’avais en tête aucun projet artistique digne de ce nom. Je leur ai simplement dit que je voulais faire du Théâtre 13 un lieu de vie mais que j’ignorais encore comment.

Quelles sont alors les raisons qui vous donnent envie d’y rester?
Le destin ! Ces personnes ont pressenti que j’étais faite pour cela avant même que moi je n’y pense, et les années leur ont donné raison. J’ai le sentiment d’avoir enfin trouvé ma place ici ; c’est sans doute pour cette raison que je n’ai pas l’intention d’en partir !

Quelle est l’identité du Théâtre 13 aujourd’hui ?
C’est un théâtre de l’émergence, de la découverte autant des metteurs en scène et des auteurs que des comédiens. C’est un théâtre qui a vu grandir des talents comme Benoît Lavigne ou Alexis Michalik, qui a littéralement accouché de comédiens exceptionnels. Je me souviens par exemple de la première prestation de Xavier Gallais dans le rôle de Benedict dans la pièce Beaucoup de bruit pour rien : ce jour-là, une étoile est née, preuve en est la belle carrière qui a mené Xavier des planches du public au privé. Mais ce travail de révélation, ce rôle de révélateur, serait impossible sans la présence d’un public. L’émergence est donc aussi, et surtout, une aventure populaire.

D’ailleurs, pour vous, qu’est-ce qu’un théâtre populaire?
C’est le théâtre que j’aime ! Je déteste sortir d’une représentation en ayant l’impression d’être une idiote, en ayant le sentiment d’être passée complètement à côté de ce que l’on m’a dit. J’aime que l’on me raconte une histoire, que l’on me bouleverse avec un beau texte, une langue belle. La sensation d’avoir appris quelque chose tout en ayant ri, voilà ce que le théâtre peut offrir de mieux à son public. J’observe d’ailleurs avec malice le retour en force du bon boulevard, si longtemps méprisé par le théâtre public : aujourd’hui, même les plus cyniques se mettent à adapter Feydeau, et un Feydeau bien mis en scène c’est simplement magique !

La salle historique du Théâtre 13 vient de subir un petit lifting. Dans quelle mesure ces travaux sonnent-ils le début d’un nouveau chantier artistique pour le Théâtre 13?
Je ne sais pas si l’on peut parler de renouveau. J’ai surtout à cœur de continuer à faire ce que j’ai envie, à programmer et à faire connaître de jeunes metteurs en scène. On est bien sûr pas à l’abri de quelques entorses aux règles que j’ai moi-même établies ! J’aimerais ouvrir la scène à ces metteurs en scène de ma génération qui n’ont pas eu encore la chance d’avoir l’exposition que pourtant ils méritent. Le fait de disposer à nouveau de deux salles va nous permettre d’ancrer encore davantage le Théâtre 13 comme un véritable laboratoire d’exploration et de création. Nous allons notamment accueillir encore davantage de compagnies en résidence.

A ce sujet, comment pensez-vous organiser l’articulation entre les deux salles ?
Revenez-me voir la saison prochaine et je pourrai vous en parler ! Plus sérieusement, côté Seine, nous aurons une programmation plus risquée avec un temps d’exploitation plus court, tandis que côté Jardin, il s’agira d’auteurs plus identifiés, un théâtre plus tourné vers le répertoire en y glissant sûrement un ou deux auteurs contemporains. Tout l’enjeu consiste à ce que les deux programmations ne se fassent pas de l’ombre, mais surtout que le public passe de l’une à l’autre sans aucune difficulté. Il ne faudrait qu’aucune frontière, quelle que soit sa nature, ne se dresse entre les deux salles.

Le Théâtre 13 a fait du soutien aux jeunes compagnies sa marque de fabrique. Pensez-vous qu’en France les jeunes metteurs en scène ou compagnies ne sont pas suffisamment accompagnés ?
Le problème aujourd’hui pour les jeunes est de parvenir à faire tourner un spectacle dans l’ensemble de la France. Il n’y pas encore assez de liens entre les théâtres qui, comme le Théâtre 13, jouent le rôle de défricheurs et les autres. Je crois que l’enjeu des années à venir réside précisément dans la création de ponts et de passerelles entre les institutions. Il faudrait également que certains de mes collègues soient un peu moins frileux et fassent preuve de plus de curiosité…

Ce soutien passe notamment par l’attribution d’un prix, le prix Théâtre 13/jeunes metteurs en scène. Lorsqu’on regarde les derniers lauréats, on s’aperçoit que ce prix récompense des pièces de troupe. Est-ce un choix délibéré de votre part qui porte une certaine idée du collectif ? Peut-on en conclure que vous êtes contre le solo?
Vous savez pour moi le théâtre c’est le théâtre d’un Molière ou d’un Racine, un théâtre de troupe, de texte qui se joue avec des partenaires. Je n’ai rien contre le seul en scène en lui-même, mais c’est quand même très théâtre privé et c’est un choix qui trahit plus des considérations économiques qu’il ne résulte d’un parti-pris artistique. Et puis, rien ne remplacera l’énergie qu’une troupe trimballe inéluctablement avec elle : quand ils débarquent ici, ils envahissent littéralement le lieu ! Le théâtre se charge alors de vie et ça le public le ressent.

Parlez-nous de la pièce d’Alexis Michalik, Intra Muros, qui inaugurera la réouverture du Théâtre 13 jardin? Par-delà le symbole – Le Porteur d’histoire avait été créé dans cette salle en septembre 2012, pourquoi ce choix?
Alexis, il y a quelques mois de cela, m’a demandé quand est-ce que la réouverture du Théâtre 13/Jardin était prévue. Je lui ai dit que l’on misait sur février/mars 2017. Sa réponse fut alors de me proposer d’écrire quelque chose puisque nous n’avions encore aucune pièce de programmée. Il m’a soumis 2, 3 projets puis je lui ai fait confiance : Top-là et voilà! Tout ce que je peux vous dire c’est que le spectacle porte sur les prisons. Avec Intra Muros, Alexis nous a fait un cadeau magnifique ! Et mon petit doigt me dit qu’une fois encore le triomphe sera au rendez-vous !

Pour finir, si vous étiez une jeune metteuse en scène, quelles sont les thèmes et/ou les enjeux qui vous pousseraient à prendre la plume?
Je n’en sais rien. Ce que je sais, en revanche, c’est que je souhaiterais que le Théâtre 13 me prenne en charge !

Visuel : © Bruno Perroud

« En amoureux » : Arnaud Guillon met en scène le coup de foudre
Au HAU de Berlin, les paysages enchanteurs de Mette Ingvartsen
Marianne Fougere

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.


Soutenez Toute La Culture