Théâtre
Il va y avoir dU(bu) sport !

Il va y avoir dU(bu) sport !

13 avril 2017 | PAR Marianne Fougere

Transformant la salle mythique des Bouffes du Nord en un véritable ring, Olivier Martin-Salvan nous  convie à une séance de sport d’anthologie. Tout simplement Ubuesque !

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L’enfance de chacun d’entre nous – même les plus sportifs – est jalonnée de souvenirs plus ou moins traumatisants de profs tyranniques nous faisant enchaîner les tours de stade par -10°C, de figures effrayantes à réaliser sur les barres asymétriques, de l’odeur nauséabonde des vestiaires. Certains se rappellent l’humiliation d’être les derniers choisis au moment de constituer les équipes ; d’autres n’ont pas eu la chance de voir étouffées leurs mauvaises passes par l’acoustique anxiogène du gymnase puisqu’ils ont vécu sur scène un cinglant échec, lorsqu’un énorme nœud de rubans  a sonné la fin de ce qui devait être un superbe  numéro de GRS !

On ignore quel souvenir Olivier Martin-Salvan a conservé de ses cours d’Education Physique et Sportive. Il y a néanmoins dans son Ubu quelque chose qui relève moins de l’esprit de compétition que de la catharsis, catharsis à laquelle un public plongé en pleine lumière est convié grâce à un dispositif quadri-frontal. Ubu revisité à la sauce Véronique et Davina ça donne donc des justaucorps aux couleurs criardes, des tapis de sol en guise de plateau, des accessoires en mousse en lieu et place d’épée ou de château. Un Ubu sur la butte et non un Ubu roi tant les comédiens ressemblent à s’y méprendre aux marionnettes auxquelles Jarry destinait explicitement cette première pièce. Au son des coups de sifflet et des beuglements d’un coach ridicule, les palotins excellent dans leur rôle de pantomimes idiots. Telles de petites gymnastes bien élevées, ils s’exécutent, saluent en entrant sur le tapis et … se frottent les uns contre les autres, tout excités de voir Père et Mère se roulaient de grosses pelles !

Car Olivier Martin-Salvan lit Jarry comme il se doit c’est-à-dire non pas animé d’une loyauté sans faille vis-à-vis du texte lui-même mais fidèle à l’esprit potache et bigrement scato d’une pièce dont serait bien malin celui qui dirait ce que Jarry voulait en faire. Martin-Salvan fait le pari assumé de l’absurde : pendant une heure, s’ébattent, se battent et se débattent des personnages grotesques  et idiots à souhait ; tandis que dehors, à l’extérieur du gymnase théâtral, se jouent des intrigues tout aussi politiquement incorrectes. A voir le tsar gesticuler dans son maillot de bain rayé, on ne peut, en effet, s’empêcher de penser aux couv’ iodées de la presse people dévoilant ici un corps présidentiel musclé, là sa garde rapprochée suer dans l’effort d’un footing matinal ; quant aux propos échappés entre deux pets foireux, ils résonnent étrangement avec les remarques racistes et homophobes d’une campagne aux accents poutinesques. Toute la force de cette mise en scène cartoonesque est donc de dévoiler, en creux de la caricature la profondeur, trop souvent insoupçonnée, du texte de Jarry.  Aussi, après cette pièce, ne regarderez-vous plus votre tapis de yoga de la même manière !

Visuel : © Sébastien Normand

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