Théâtre
Hinkemann dans le Schwarz

Hinkemann dans le Schwarz

01 avril 2015 | PAR Christophe Candoni

L’occasion était sans doute trop belle de découvrir Hinkemann, pièce méconnue du dramaturge expressionniste allemand Ernst Toller créée en 1922 et montée cette saison pour la première fois en France. L’œuvre est grave, rude et bouleversante mais la restitution basique et pesante qu’en fait Christine Letailleur plombe toute force et émotion.

Infirme et outragé. C’est ainsi que Hinkemann rentre du front, émasculé par le fatal tir d’une balle ennemie reçue sur le champ de bataille et moqué par tous. Sa femme insatisfaite le quitte pour une aventure passagère avec un autre homme. Il ne trouve d’autre travail que celui de bête de foire dans un miteux théâtre ambulant. Plus que sa virilité, c’est toute l’estime de soi qu’il perd ainsi que le sentiment d’appartenance à la société des humains. A travers lui se dessine un monde dévasté par la guerre et l’incertitude.

L’intrigue joue autant la carte du mélodrame que de la réflexion éminemment politique et sociale. Toller, militant spartakiste, fait aussi entendre l’insurrection d’un peuple humilié, la lutte du prolétariat en proie à la misère, au chômage et son vibrant espoir en la construction d’un nouvel ordre aussitôt contrarié par la montée de l’antisémitisme qui annonce le pire.

Immédiatement, la désillusion et la cruauté, cette défaite de l’humanité, devraient saisir à la gorge et serrer le cœur. Pourtant, les enjeux de la pièce sont inaudibles et invisibles dans une représentation aussi étale et dépassionnée qui croule sous les conventions et sous le jeu grandiloquent des comédiens, pourtant bons, mais mal dirigés. En tête, Stanislas Nordey qui habituellement n’a d’égal pour porter le verbe haut avec une énergie quasi animale. Il cède cette fois au dire pompeux. Plus concrets, Christian Esnay (le forain) et Richard Sammut (Paul, l’amant) s’en sortent à peu près mieux. Sur le plateau de la Colline, on ne retrouve pas l’engagement, le souffle, la rage, la fièvre d’une telle œuvre surtout enveloppée d’un noir épais, à l’image du spectacle uniforme et univoque. L’arrivée tardive d’Hinkemann sur les plateaux français aurait mérité un geste de mise en scène plus sensible et puissant.

Hinkemann © Brigitte Enguerand

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