Théâtre
Avignon OFF « Fucking happy end – cabaret insurgé » de Sarah Fuentes aux Train Bleu

Avignon OFF « Fucking happy end – cabaret insurgé » de Sarah Fuentes aux Train Bleu

18 juillet 2018 | PAR David Rofé-Sarfati

Sarah Fuentes propose une lecture intelligente, déjantée et faussement potache de Peau d’âne pour un moment de music-hall et de théâtre, comme une parade de personnages évadés de l’univers des contes, donc sans psychisme mais pas sans mérite.

 

La version de Charles Perreau du conte populaire Peau d’Ane se résume ainsi: l’héroïne se déguise et s’avilit pour échapper à l’inceste. Devant un beau trône royal à têtes de mort et en tenues baroques le roi et la reine se querellent. Bientôt la reine va mourir abandonnant le roi à son veuvage et à sa promesse de se marier avec la plus belle femme du royaume. Et cette femme sera sa propre fille. Le roi doit épouser sa fille.

Un conte ressemble au souvenir laissé au réveil par un rêve, la propostion de Fucking Happy End adhère à cet onirisme. Caractéristique habituel d’un rêve, la censure est ici dans le renversement car on raconte la quête d’un père pour ne pas raconter le désir œdipien d’une fille. Le conte commence et très vite la mère meurt laissant le champ libre à tous les fantasmes de la fille. Comme dans un rêve les significations sont toujours doubles. Les robes séduisent et éloignent, les costumes imaginés par Renée Guirao sont aussi beaux que déguenillés. La laideur de la peau d âne cache la grande beauté de la fille. Sans le passage à l’acte de l’inceste loin du désir du père l’héroïne chez Fuentes, brillante intuition, finira dans un bordel.

En tuant l’âne, qui défèque de l’or, de l’or dur, le père perd sa fortune et avec elle une partie de sa puissance; en même temps la fille se pare de cette chose venant du père. Recouverte de la peau du père, elle commet l’inceste par procuration. La pièce par petites touches érotiques et par quelques grivoiseries pose cette dimension. Dans cette dimension le conte qui raconte cela en se défendant de le dire est une parade à l’inceste.

D’une parade à l’autre Sarah Fuentes nous propose une parade de personnages drôles et loufoques. La pièce a tout compris de la cruauté de l’intrigue dans son texte et son sous texte. La pièce est formellement réussie avec ses costumes originaux, la riche scénographie et les acteurs impliqués dans la mise à distance de ce qu’est ce conte : une terrible tragédie psychologique dont, et c’est la proposition de la géniale Sarah Fuentes, il ne nous reste qu’à en rire. Ainsi la pièce est drôle parfois hilarante.
Un rêve est toujours infantile, pluriel et incohérent. Sarah Fuentes respecte ce biais dans une lecture  destroy et sa parade est admirable et éclairée.  Les personnages n’ont pas de psychisme car ils sont personnages de conte et qu’ils s’emploient à alimenter nos imaginaires.

Les personnages de Fuentes jouent avec le public pour nous rappeler que personne n’est dupe. Épatant.

Fucking happy end – cabaret insurgé
Texte : Sarah Fuentes
au Train Bleu
40, rue Paul Saïn 84000 Avignon
20h40
durée 1h20

Crédits Photos © frédérique Toulet

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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