Théâtre
[Festival d’Avignon] NO51 : la preuve par l’image

[Festival d’Avignon] NO51 : la preuve par l’image

06 juillet 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Quand on voit le décor, on se dit que NO51 est le numéro d’une chambre d’hôtel luxueuse qui s’offre à nous. Erreur. Ce duo constitué de la scénographe Ene-Liis Semper et du metteur en scène Tiit Ojasoo forme le Theater N099 appelé à s’auto-dissoudre dans dix ans. Le compte à rebours a commencé et s’ils sont peu connus du public (on se souvient avoir été déçus par N0 83 ou Comment expliquer des tableaux à un lièvre mort présenté en 2011 à l’Odéon), cette petite bombe qu’est NO51 Ma femme m’a fait une scène et a effacé toute nos photos de vacances devrait faire de ce spectacle un incontournable.

[rating=5]

Une chambre d’hôtel dans lequel un homme d’affaire (Juhan Ulfsak) èrre de façon démente. Sans un mot, il incarne la définition de l’obsession. Pourquoi passer au crible cette pièce qui pourrait se situer dans n’importe quel quartier d’affaire occidental ? Les premières paroles vont se faire attendre. Ene-Liis Semper et Tiit Ojasoo nous apprennent la patience et nous sommes comblés en échange. Avec un éclat de génie dont nous ne dévoileront rien ici, la chambre est maintenant pleine à craquer d’individus aux looks décalés. Une fille en mini short et blouson, une autre sur des chaussures à plateformes spectaculaires, une femme chic, des garçons tous différents… Qui sont-ils ?

L’homme explique rapidement que sa femme a effacé ses photos de vacances. On ne sait pas encore, et on ne le saura qu’à la fin, pourquoi elle a fait ce geste. Lui devenu fou demande à une bande de rejouer le match, de refaire les images, de reconstituer des scènes de plage et de montagne dans le huis-clos d’une chambre d’hôtel stéréotypée. « Tes souvenirs sont si profonds, pourquoi vouloir refaire des photos ? » La question lui est posée, la réponse est nette : sinon « tout disparait ».

La pièce sera donc une gigantesque et ubuesque séance photo où les comédiens sont au départ les pions de ce mari effondré. Le jeu est très rythmé, inventif et performatif. Cette troupe-là éclate tout dans tous les sens du terme. On commence par être très désarçonnés par cette proposition qui se nicherait bien aux Rencontres Photographiques D’Arles, puis on glisse du rire à la réflexion, puis au choc. On peut faire dire ce que l’on veut aux images, cela n’est pas une révélation, mais le mettre en scène de la sorte tient du génie. La preuve par l’image pourrait-on dire. Ici, le vrai et le faux s’inversent totalement : une femme malade, une scène de fête, une orgie, une photo de famille… vous pensez voir et vous ne savez rien.

La proposition agit comme un portrait de notre époque qui a vu le mot Selfie entrer dans le dictionnaire cette année. Pour éloigner la mort, on pourrait réinventer ses souvenirs, relaisser une trace, même si elle est fausse. Le jeu délirant des comédiens (Rasmus kaljujärv en garçon solide, Eva Klemets en épouse, Rea Lest en fille de douze ans et son petit frère de cinq ans Jorgen Liik, l’alter-ego du mari Gert Raudsep, Simeoni Sundja en garçon, Linda Vaher en chien, Juhan Ulfsak dans le rôle du mari) fait de NO51 un choc où tout est cohérent : la bande son bien kitsch ( « L’italiano », « I Kissed a girl »…), la lumière bien chic et une direction d’acteur au cordeau où tout est millimétré à la seconde dans un show foutraque.

Première grande révélation de ce Festival, et cela seulement après 48 heures. Le duo estonnien Ene-Liis Semper et Tiit Ojasso ont réussi à nous faire réfléchir dans un éclat de rire avec ce spectacle au  titre implacable : NO51 Ma femme m’a fait une scène et a effacé toute nos photos de vacances

Visuel : © photo No 99- Ene-Liis Semper and Tiit Ojasoo

A voir aux Amandiers, du 2 au 6 décembre 2016.

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