Théâtre
Eugène Onéguine de Pouchkine fait danser les jeunes filles en fleur

Eugène Onéguine de Pouchkine fait danser les jeunes filles en fleur

04 février 2014 | PAR Christophe Candoni

La MC93 de Bobigny reçoit jusqu’à demain soir la troupe du célèbre théâtre Vakhtangov de Moscou pour une adaptation d’Eugène Onéguine de Pouchkine, un spectacle à la beauté classique voire désuète où l’interprétation passionnée des acteurs russes se trouve alourdie par la mise en scène trop sucrée de Rimas Tuminas qui pêche d’une excessive et surfaite poétisation.

Le metteur en scène lituanien et directeur artistique de l’illustre théâtre aujourd’hui centenaire, s’attaque au roman de Pouchkine, un must de la littérature russe qu’il chorégraphie comme un ballet languissant suivant le rythme étiré d’une valse lente qui s’enflamme seulement par éclats. Baigné dans des lumières crépusculaires, le spectacle se voudrait enivrant et onirique.

Pourtant, le rêve supposé enchanteur lasse vite. Car, dans le travail du Tuminas, on entrevoit vite l’intention ambitieuse mais hyper-volontariste de signer un spectacle somptueux et par conséquent tout devient maniérisme chichiteux et appuyé. Belles images, effets esthétisants, musique « violineuse » envahissante… tout concourt à dicter l’émotion que doit éprouver le spectateur plutôt que de la susciter, la faire naître naturellement.

Il manque donc à cette beauté parfaitement calculée la simplicité, la spontanéité, l’inconnu, le flottement, et l’on passe à côté du dramatisme déchirant de l’œuvre et de l’histoire d’amour désynchronisée d’Onéguine et Tatiana.

Le fait de placer l’action dans une salle de musique où se donne un cours de danse et de faire commenter tout ce qui se joue par une bardée de jeunes ballerines en tutus longs finit par donner le tournis et détourne là encore du drame, lui conférant une joliesse qui l’affadit plus que ne le décuple. Dédoubler les personnages principaux présentés à différents âges de leur vie (l’idéaliste poète Lenski, le dandy vaniteux Onéguine, la taciturne et passionnée Tatiana comme sa sœur la joyeuse Olga sont tous interprétés par deux comédiens à chaque fois) ne donne pas non plus l’impression d’apporter quelque chose de fondamental à la pièce, si ce n’est d’offrir l’occasion de profiter des talents de toutes les forces en présence, presque quarante artistes en scène, émérites comme débutants, applaudis avec ferveur à chacun de leurs passages voire de leurs tirades sues par cœur par une partie des spectateurs russes présents dans le public suivant une tradition passéiste que l’on ne connaît plus qu’à l’opéra. Ils ont pourtant raison car le grand intérêt de cette représentation est bien le jeu flamboyant de ces très bons comédiens.

Photos ©  Valery Miasnikov

Infos pratiques

Théâtre Saint-Léon
Corderie Royale
Minel-A

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture