Théâtre
Des « Apostrophe(s) » et des points d’interrogation, un bon spectacle pas encore rôdé [Chalon Dans La Rue]

Des « Apostrophe(s) » et des points d’interrogation, un bon spectacle pas encore rôdé [Chalon Dans La Rue]

23 juillet 2017 | PAR Mathieu Dochtermann

Construit sur une très bonne idée – celle d’un banquet littéraire, où des livres et des mots se dégusteraient comme on dégusterait ailleurs des mêts – Apostrophe(s) par la compagnie Les Chiennes Nationales n’est finalement pas exempt de défauts. Malgré la qualité du jeu des comédiens, une dose d’humour et d’implication du public, de beaux textes, de beaux tableaux, on en ressort avec un sentiment d’inachevé, agréablement diverti mais guère ému, ce qui est dommage quand le propos est l’Amour!

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C’est à un menu alléchant que la nuit est promise – convié à un banquet littéraire, on affûte son plus bel appétit, on sort du placard son amour du Verbe, on dépoussière sa carte du Tendre, puisqu’on nous promet que le thème sera l’Amour.

A l’arrivée, un carré de tables cerne une estrade centrale faite de praticables. Sur les tables, le couvert est dressé : devant chaque convive, un verre, les couverts de rigueur, et enfin un livre, dont il pourrait bien lui être demandé de tirer quelques lignes, ou pas, dans le courant du spectacle. Mi-circonspect, mi-réjoui, le public prend place, la porte se referme, le spectacle peut commencer.

C’est un ballet pour quatre comédiens qui est joué ce soir : un Maitre de jeu ou de cérémonie, trois comédiens-improvisateurs, un prétexte en forme de jeu d’impro sur une trame pré-établie : il s’git de jouer sur l’estrade la 99ème émission d’Apostrophe, cette émission emblématique du paysage médiatico-intellectuel français, qui avait pour thème l’amour et pour invités Françoise Sagan et Roland Barthes – on mesure au passage le décrochage vertigineux que les spectateurs de télévision ont subi en quelques années, au sens que l’on donne à ce mot quand un adolescent se montre rétif à toute forme d’apprentissage ou de volonté d’élévation, et que l’institution capitule à son tour devant lui, de sorte que renoncement gagne finalement les deux parties.

Cette amorce du spectacle est assez savoureuse, où Bernard Pivot est génialement interprété par une comédienne à laquelle une improbable Françoise Sagan, incarnée par un comédien barbu affublé d’une perruque, donne la réplique. Elle est assez rapidement interrompue par un début de transe du comédien, ou de son personnage, possédé par Eros, qui entraîne les spectateurs dans une farandole plus anarchique que proprement dyonisiaque.

A compter de ce moment, cela part dans tous les sens : d’improvisation en possession érotique, de citations en retour à la case Apostrophe, le spectacle tisse un dédale de scènes téléscopées dont aucune n’est mauvaise, mais qui n’impressionnent pas durablement prises individuellement, et n’incitent finalement à aucun cheminement, ni dela pensée ni du sentiment. Après une double fin qui installe un peu plus encore de confusion, on ressort avec le sentiment d’avoir vu un spectacle très intéressant mais qui part dans trop de directions différentes pour qu’on en garde autre chose que des interrogations, l’envie de relire tel auteur, l’image fugace d’un moment réussi.

Sans doute le spectacle manque-t-il encore un tout petit peu de maturité. Un potentiel énorme est clairement sensible, mais il n’est pas encore tout-à-fait réalisé.

Distribution : Maïa Ricaud : co-auteure, comédienne et metteur en scène / Nathalie Hauwelle : co-auteure, plasticienne, comédienne et danseuse / Darko Japelj : co-auteur et comédien / Alexandre Cardin : comédien
Nicole Genovese : co-auteure
Miren Lassus Olasagasti : regard extérieur

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