Théâtre

Data Mossoul à la Colline : une réflexion sur l’immortalité 2.0

Data Mossoul à la Colline : une réflexion sur l’immortalité 2.0

29 septembre 2019 | PAR Anne Verdaguer

Dans Data Mossoul, Josephine Serre se saisit d’un thème complexe : ce qu’il restera de l’histoire du monde dans les big data center, une histoire vouée à l’effacement et à l’oubli. Pour décrypter ce phénomène, elle fait s’entremêler plusieurs histoires, à la manière d’un kaléidoscope, dans des espaces et temporalité différents, comme pour témoigner d’une perte de repères dans un monde de plus en plus dématérialisé et déshumanisé. 

Elle apparait à la lueur de plateau, comme un hologramme. Mila Shegg (parfaite Edith Proust) a perdu la mémoire. Mais seulement partiellement. Elle ne se souvient plus de sa vie entre 24 et 27 ans, de 2014 à 2016. Trois années qui ont été comme effacées de sa mémoire. Mila Shegg est ingénieur du web dans une ferme du « big data » en 2025 en Californie. Et son trouble mnésique lui confère l’intuition que quelque chose ne tourne pas rond. Bientôt elle va être embarquée dans un projet machiavélique qui consiste à effacer 20 ans de données informatiques. Un pan entier de l’histoire qui disparait. Son parcours initiatique la mènera dans un motel où vivent des des résistants, des réfugiés du web, qui ont rejeté cette société du tout numérique.  

A Mossoul, entre 2014 et 2016, une jeune femme incarnée par Joséphine Serre tente de sauver des tablettes d’argile millénaires des destructions de Daesh, elle est le dernier espoir que l’histoire ne soit pas effacée des mémoires. Que les écrits restent. Mais les soldats sont à sa porte, et bientôt ils tenteront de la recruter « pour extraire des artefacts millénaires en vue d’alimenter le marché clandestin ». 

Les histoires de ces deux jeunes femmes vont se croiser, avec celles du dernier empereur assyrien Sîn-Shar-Ishkun en 612 avant J.-C., qui connait les dernières heures de la ville de Ninive, l’ancienne Mossoul. Ou encore avec celle d’un bibliothécaire du Wisconsin qui a recueilli des centaines d’écrits anonymes entre 1990 et 2010.

Des morceaux de vie tissées ensemble dans un foisonnant méli mélo, qui raconte au fond la résistance à l’oppression, la lutte contre l’oubli et la question de la conservation et du libre accès des écrits. Que faut-il garder quand une civilisation est en danger? Quelles traces témoigneront de nos vies numériques, à l’heure où les GAFA imposent un droit sur nos données personnelles? Sans archives et sans documents, notre monde et nos vies ont-ils un sens ? Autant de questions auxquelles tente de répondre Joséphine Serre dans Data Mossoul, mais elle se perd en réflexions métaphysiques, très bavardes, et cela aurait pu gagner en simplicité à la fois au niveau du récit et de la mise en scène. La dernière partie notamment, quant toutes les histoires se mélangent, créent la confusion. Dommage car le propos est passionnant.

Data Mossoul, un spectacle de Joséphine Serre, au théâtre de la Colline, du 18 Septembre au 12 Octobre 2019 du mercredi au samedi à 20h, le mardi à 19h et le dimanche à 16h.

Crédit photos © Véronique Caye

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