Théâtre
« Daddy Papillon, la folie de l’exil » épigramme amoureux.

« Daddy Papillon, la folie de l’exil » épigramme amoureux.

14 mai 2021 | PAR David Rofé-Sarfati

Le 19 mai sous quelques contraintes encore, les salles ouvrent. Le théâtre de la Tempête lance sa saison post covid avec une pièce merveilleuse et précieuse qui signe la joie de cette reprise.

La bouffée délirante chez le sujet africain, tout un programme en plus d’être un marronnier des revues de psychiatrie. La locution nomme le syndrome et recouvre bien vite, pour les faire disparaitre, et le malade, et sa parole. Naéma Boudoumi, parce que son père a connu des hallucinations et des épisodes de bouffée délirante, veut en dire quelque chose. Ayant côtoyé de près le milieu hospitalier pendant de nombreuses années, elle a su mesurer l’absurdité de certaines situations et l’immense fossé séparant la réalité du patient et les efforts menés par l’équipe médicale. Elle a écrit un texte tendre, enchanté et grave.

Le texte de Boudoumi est formidable en cela ; d’une aventure toute personnelle elle a inventé une histoire universelle à partager. La pièce est multiple. Elle est un conte oriental débordant de pathos et d’épanchement. Elle est un roman psychanalytique ; et l’on entend un inconscient à ciel ouvert mixant, dans un même geste, les rêves qui côtoient la réalité pour la coloniser, et ceux qui, car nous ne saurions être au monde sans imaginaire, aident, soutiennent et construisent une vie. Elle est aussi, sous une plume courageuse et moderne, un roman noir américain entassant les clichés et les caricatures jusqu’à ras bord pour déverser, échappant à un trop-plein de poncifs, une notoire vérité au plus près de la réalité. Pleine d’humanité, l’auteure veut atteindre au cœur les paradoxes de l’âme, et réussit son coup.

Un manifeste pour l’individu derrière le diagnostic.

La bouffée délirante n’annule pas la parole ;  cette parole confuse mérite d’être entendue. Le spectacle donne un esprit à une pensée et à un corps soumis à la maladie. Il rafraichit nos propres entendements devant la folie. Naéma Boudoumi brosse le portrait intime d’un immigré qui ne comprend pas bien ce qui lui arrive. Elle nous entraîne dans un voyage visuel, sonore et poétique, une épopée psychédélique peuplée de personnages hallucinés. Le théâtre se mêle au cirque pour raconter l’odyssée d’un homme simple, un homme végétal, un homme fleur, un homme papillon, pour qui aller acheter du pain est déjà toute une aventure. La roue Cyr – qui sait jouer l’embrasement de la bouffée délirante, mais aussi la légèreté des états sous-médicamenteux- sert d’appui acrobatique et imaginaire ; elle traverse les espaces pour raconter une vie qui fait des boucles. Dans un voyage immobile.

Une pièce merveilleuse

Nous aurons admiré le jeu physique des comédiens, nous aurons côtoyé, sans qu’il ne le sache, l’instant de vie d’un invisible , d’un laissé pour compte. Et se dessinent en nous les ronds de la roue Cyr comme les traces d’une psyché contrainte et empêchée quoique virtuose. Il nous restera des moments de grâce comme l’apparition d’une reine de cortège de salsa brésilienne. Il nous reste en principal une invitation à penser autrement, avec une pièce sorte d’épigramme apologique d’une fille pour son père.

Daddy Papillon, la folie de l’exil

Dès le 19 mai, les mercredi, jeudi et vendredi 18h30, samedi 15h et 18h30, dimanche 16h30

Durée : 1h10

Avec Arnaud Dupont, Carlos Lima, Maxime Pairault conseil dramaturgique Pierre Phillipe-Meden mouvement chorégraphique Anna Rodriguez scénographie textile et création costumes Sarah Topalian lumières Paul Galeron et Charlotte Gaudelus création sonore Thomas Barlatier

Crédits Photos : Baptiste Muzard

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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