Théâtre
[Critique] The Blue Boy au NEXT Festival : théâtre documentaire au cœur de la honte d’un peuple

[Critique] The Blue Boy au NEXT Festival : théâtre documentaire au cœur de la honte d’un peuple

03 décembre 2013 | PAR Audrey Chaix

blue boy4 (1)Le NEXT Festival a invité une compagnie irlandaise, Brokentalkers, avec le spectacle The Blue Boy, qui évoque le douloureux sujet des enfants martyrisés par des institutions de redressement dirigés par les autorités catholiques. En utilisant la forme du théâtre documentaire, Brokentalkers donne une voix à ceux qui, pendant des années, se sont tus. Et c’est là que réside la véritable force de ce spectacle.

Il y a deux espaces scéniques sur le plateau de la Maison de la Culture de Tournai : sur le devant de la scène se trouvent une flûtiste, Lucy Andrews, et le narrateur, qui est aussi l’un des deux metteurs en scène, Gary Keegan. C’est lui qui présente le spectacle, commençant par raconter ce qui semble être une histoire de son enfance. Il sera la voix narrative qui accompagnera l’ensemble du spectacle, mêlant à des souvenirs personnels celui, national, des exactions menées à l’encontre des enfants pris en charge par des institutions catholiques pour le seul crime d’être orphelins.

En fond de scène se développent des scènes de mime jouées par des performers vêtus de blouses bleues d’écoliers et de masques de papier. La pièce montre la déshumanisation, plongeant ses comédiens dans la masse de toutes les petites victimes dont elle se fait porte-parole. Ces mimes mettent en scène la violence avec laquelle sont traités les enfants sans que jamais une parole ne soit prononcée : muets, impuissants, les performers n’utilisent que leur corps pour exprimer la détresse de ceux qu’ils représentent. En frôlant parfois l’insupportable quand ils font crisser leurs ardoises sur leurs bureaux, ils recréent physiquement l’horreur pour la faire ressentir au spectateur.

Enfin, en voix off ou projetés sur des écrans, des témoignages de ceux qui ont subi le système, ou bien des témoins impuissants, comme la mère de Gary Keegan. C’est dans ces témoignages, pourtant dénués de toute surenchère dramatique ou de pathos, que la pièce est la plus poignante, la plus forte. Elle devient alors théâtre documentaire aussi bien que narratif, alors que l’on nous présente le rapport Ryan, sorti en 2009 en Irlande, travail d’une commission enquêtant sur les sévices pratiqués sur les enfants confiés aux institutions catholiques.

S’il est important de mener un tel théâtre, qui dénonce la psychanalyse de tout un peuple, on regrette cependant que les metteurs en scène aient voulu en faire un peu trop : entre la narration menée par Gary Keegan, les mimes des performers et les témoignages audio et vidéo, il y en a parfois trop, comme s’il n’y en avait jamais assez pour rendre justice aux victimes. Tant et si bien que le propos en est parfois parasité, et l’on ne sait plus où porter son regard ou son oreille.

Cela n’enlève pas à la pièce son caractère urgent et essentiel : porter au plateau la reconnaissance par l’Irlande de l’horreur perpétrée par le clergé catholique sur ses enfants, et faire entendre la voix de ceux que l’on n’a pas laissé parler pendant si longtemps. Un travail salué par le public, qui s’est levé pour saluer la compagnie.

 

Visuels : © photo Daniel Keane

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Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaix photo : maxime dufour photographies.

One thought on “[Critique] The Blue Boy au NEXT Festival : théâtre documentaire au cœur de la honte d’un peuple”

Commentaire(s)

  • BOys

    Je suis aller voir cette pièce et j’ai trouvé qu’elle nous transporter dans un décor triste et sombre. Elle montre la réalité choquante de ce qui c’est passé dans cette école.
    C’est vraiment une pièce émouvante et si vous avez l’occasion de la voir alors aller y mais préparer vos mouchoirs.

    janvier 21, 2015 at 14 h 43 min

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