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[Critique] « Late Night » au Théâtre du Nord : ambiance nostalgique de fin du monde pour le festival NEXT

[Critique] « Late Night » au Théâtre du Nord : ambiance nostalgique de fin du monde pour le festival NEXT

04 décembre 2013 | PAR Audrey Chaix

Dans le cadre du festival NEXT, le Théâtre du Nord a invité le Blitz Theatre Group, une compagnie grecque. Avec le spectacle Late Night, ils proposent une vision artistique de la situation dans laquelle se trouve aujourd’hui la Grèce, mais aussi, plus globalement, l’ensemble de l’Europe. Dans une ambiance empreinte d’une grande nostalgie, les six comédiens – trois hommes, trois femmes -, entament un concours de danse qui ne semble jamais devoir s’arrêter. Cette métaphore de la persévérance et de l’espoir, malgré la gravité des circonstances, offre un spectacle surprenant, qui plonge le public dans un univers poétique, presque mélodramatique.

Sur le plateau, les six comédiens, assis sur des chaises en rang d’oignons, forment peu à peu des paires afin de faire une démonstration de danse de salon. Fil rouge de la pièce, cette obstination à danser toujours, sans jamais s’arrêter, rappelle le célèbre roman On achève bien les chevaux. D’autres références à la culture occidentale parsèment la pièce, comme cette lancinante diffusion de la bande-son du Mépris de Godard, ou encore de la célèbre « Jazz Suite » de Chostakovitch. On sent l’ambiance fin de siècle d’une Europe vieillie, en ruines, qui n’a pas encore baissé les bras mais qui court vers sa perte.

Poussant l’absurdité jusqu’au bout, les personnages, qui s’appellent par leurs véritables prénoms, se mettent soudainement à se mettre en scène comme des forains, alternant des tours de passe-passe tous aussi touchants que ridicules. Équilibristes, jongleurs, prestidigitateurs… Ils s’improvisent tous artistes de foire, comme si la danse et ces pratiques artistiques étaient tout ce qui leur restait pour ne pas sombrer dans la catastrophe.

Si la pièce n’évite pas quelques longueurs, ni un côté foutraque que l’on ne comprend pas toujours, elle est magnifiée par un très beau texte, énoncé tour à tour par les comédiens derrière un micro. Envolées lyriques évoquant la sombre histoire d’une Europe dévastée par une catastrophe qui n’est jamais clairement évoquée, toujours suggérée, entre désastre financier et accident nucléaire. Avec justesse et émotion, les comédiens incarnent ces survivants d’un monde vieux, voué à sa perte. Belle façon de montrer que même si les peuples vivent une période noire, l’art est toujours là pour leur permettre de sublimer les catastrophes et pour continuer d’espérer, de vivre.

 Photos : © Vassilis Makris

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